
Dans la Vilaine, une nouvelle plante invasive étend son ombre verte.
Sous la surface tranquille de la Vilaine, entre Bruz et Guichen, une plante venue d’ailleurs tisse patiemment sa toile. Son nom savant, Myriophyllum heterophyllum, dit peu de chose de son appétit. Mais sur l’eau, ses tapis denses parlent pour elle : la myriophylle hétérophylle est désormais installée en Bretagne.
Originaire d’Amérique du Nord, cette plante aquatique figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. En France, elle est réglementée. Pourtant, elle progresse. Après les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire, la voilà signalée dans le bassin de la Vilaine.
Une conquête silencieuse
À première vue, rien d’alarmant. Des tiges immergées, souples, pouvant atteindre jusqu’à cinq mètres de long. Sous l’eau, des feuilles découpées en filaments fins comme des plumes ; à la surface, des feuilles plus larges. En été, de petites fleurs blanches ou rosées émergent discrètement.
Mais sous cette apparente fragilité se cache une mécanique bien rodée. La plante colonise rapidement les cours d’eau, étangs et canaux, formant des herbiers compacts. Elle bloque la lumière, raréfie l’oxygène, étouffe les espèces locales. Là où elle s’installe, la biodiversité recule.
Les activités humaines sont elles aussi impactées : navigation entravée, lignes de pêche prises dans les tiges, gestion hydraulique compliquée. « Une plante aquatique particulièrement efficace », résume le Centre de ressources sur les espèces exotiques envahissantes.
L’alerte des autorités environnementales
La découverte a été officialisée le 17 février 2026 à Rennes par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Bretagne (DREAL Bretagne), en lien avec le Conservatoire botanique national de Brest. Les deux structures parlent d’une première identification dans le bassin de la Vilaine.
Face à ce nouveau foyer, l’État annonce un plan d’action. Objectif : éviter que la plante ne gagne d’autres masses d’eau bretonnes.
Au programme : sensibilisation des pêcheurs, kayakistes, gestionnaires de milieux aquatiques. Les autorités insistent sur un geste simple mais crucial : nettoyer systématiquement bottes, filets et embarcations après chaque sortie. Un fragment de tige suffit à créer une nouvelle colonie.
En cas d’invasion avérée et étendue, des arrêtés départementaux pourraient encadrer des opérations d’arrachage et organiser un suivi régulier des sites contaminés. Ces mesures doivent s’inscrire dans la future stratégie régionale bretonne de lutte contre les espèces exotiques envahissantes, pilotée par la DREAL et actuellement en cours de validation.
Une responsabilité collective
La progression de la myriophylle hétérophylle rappelle une réalité peu visible : les milieux aquatiques sont devenus des autoroutes biologiques. Le commerce horticole, les bassins d’agrément, les déplacements d’embarcations favorisent la dissémination d’espèces qui, une fois relâchées, trouvent des conditions idéales pour prospérer.
Les autorités appellent désormais à la vigilance collective : signaler toute observation au Conservatoire botanique national de Brest et à la DREAL, ne jamais jeter de plantes dans les cours d’eau, adopter des pratiques de nettoyage rigoureuses.
Car dans les eaux calmes de la Vilaine, la bataille ne se joue pas à grand fracas. Elle avance à bas bruit, tige après tige. Et, comme souvent avec les espèces invasives, la rapidité de la réaction conditionnera l’ampleur des dégâts.