
Une mère de famille et le couple d’Ancenis-Saint-Géréon (Loire-Atlantique) qui l’hébergeait ont été jugés ce mercredi 23 septembre 2026 par le tribunal correctionnel de Nantes pour « privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un mineur » et « violences » sur leurs enfants entre avril et juin 2025.
Katia XXX avait en fait trouvé refuge chez Kamel XXX et Pamela XXX après sa rupture en 2023 avec le père de ses quatre enfants, qui a été condamné entre-temps par la cour criminelle départementale (CCD) de la Loire-Atlantique à quinze ans de réclusion criminelle pour « viols aggravés » à son encontre.
Elle avait connu Pamela XXX « à l’école » où leurs enfants respectifs étaient scolarisés : cette femme sous curatelle renforcée et « modeste intellectuellement », selon un psychiatre, l’avait aidée « juste en dépannage ». En échange cette allocataire du Revenu de solidarité active (RSA) « s’occupait souvent du ménage et de la nourriture » de sa nouvelle maisonnée.
Problème : Pamela XXX était déjà mère de deux filles, et son compagnon dépensait une partie de l’argent de sa curatelle « dans les cigarettes »... « Vous êtes donc passés de deux adultes et deux enfants à trois adultes et six enfants, sans avoir davantage d’argent de la curatrice » a reformulé en d’autres termes la présidente du tribunal à cette ancienne employée d’un ESAT (Etablissement ou Service d’aide par le travail) jusqu’alors inconnue de la justice, qui « se fait aussi vomir à titre punitif » et qui s’est déjà infligé « des scarifications ».
« Clairement, on n’est pas sur un palace »
Le couple vivait surtout dans un appartement « insalubre » avec « des moisissures sur les murs » ; il y avait « un vrai problème d’hygiène », a retracé la magistrate, puisque « divers moucherons », « cafards » et autres « punaises de lits » grenouillaient dans « un grand désordre » au milieu de « quantités importantes de poubelles pas vidées ». « C’est un lieu de vie totalement inadapté… Clairement, on n’est pas sur un palace », a commenté la magistrate.
Les quatre enfants de Katia XXX auraient à vrai dire dû être placés par les services sociaux du fait du « grand épuisement » de leur mère et de l’incarcération de leur père, qui avait été décrit lors de son procès criminel en juin 2026 comme « un mâle alpha » déjà condamné pour « corruption de mineurs » et « violences » à leur égard. Mais la décision du juge s’était transformée en placement non exécuté (PNE) par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), du fait de la saturation des foyers et de la pénurie de familles d’accueil…
L’un des enfants s’était finalement confié à une travailleuse sociale
Leur hôte Kamel XXX « gueulait dans les oreilles » d’un petit de 5 ans, leur donnait « de grosses fessées » et leur « attachait les mains comme des prisonniers avec de la laine ». Il leur arrivait aussi d’avoir « du scotch sur la bouche ». Leur propre mère n’était pas en reste puisqu’elle invitait le benjamin à « aller se faire enculer » et qu’elle lui « crachait » dessus. Les « piqûres d’insectes relevées sur le corps » des enfants avaient enfin intrigué les services sociaux.
Lors du procès des trois adultes, Kamel XXX a reconnu avoir infligé des « punitions » aux enfants de la fratrie car il était « submergé par la situation » : il leur arrivait ainsi d’être « privés de dessert » mais « pas de repas complet ». La présidente lui a fait remarquer au passage qu’il avait « deux enfants avec deux membres de sa famille » : si Pamela XXX est aussi sa « cousine », sa première compagne était sa « demi-sœur »… Sur un plan socio-professionnel, il travaille à Ancenis dans « un chantier d’insertion » spécialisé dans « les espaces verts ».
Les enfants » contraints de » manger des croquettes pour chien »
Me Loïc Bourgeois, l’avocat du père des filles de Pamela XXX, a rappelé que son client avait été « presque un lanceur d’alerte » dans cette affaire : les enfants étaient « contraints de manger des croquettes de chien à même le sol ». « On est sur des cruautés pures et simples », avait abondé une autre avocate des parties civiles. « C’était une forme d’esclavage » : l’une des enfants était « au service » de Kamel XXX et avait « pris la responsabilité d’enlever les asticots » dans leur chambre car « cela faisait peur » aux autres.
« C’est un appartement extraordinaire, au mauvais sens du terme » a résumé de son côté Me Olivier Méchinaud, l’avocat de Linkiia, association de protection de l’enfance en Loire-Atlantique. Le « système » mis en place était « certainement un peu sadique », a complété le procureure, car les ordures étaient « stockées » dans la chambre des enfants » pour espérer les « cacher aux services sociaux ». Les enfants étaient aussi obligés, en guise de punitions, de garder « une posture immobile pendant 45 minutes dans la position de la chaise ».
Il ne supporte pas le bruit des enfants
« M. XXX est le seigneur des lieux, à qui tout est dû : il ne supporte pas le bruit des enfants mais s’autorise à fumer fenêtres fermées, et même du cannabis », a-t-elle pointé. Elle a au final requis deux mois de prison avec sursis pour Pamela XXX, quatre pour Katia XXX et huit pour Kamel XXX. Chacun devrait aussi effectuer respectivement une, deux et trois semaines de travail d’intérêt général (TIG), de son point de vue.
Le retrait de l’exercice de l’autorité parentale, une obligation de soins, une inéligibilité de cinq ans et une interdiction d’exercer une activité bénévole ou rémunérée auprès de mineurs pendant dix ans ont aussi été requis pour chacun d’eux. Le tribunal correctionnel a finalement mis son jugement en délibéré et le rendra dans six semaines. avcc GF (PressPepper)
Visuel de Une : © Alain Moreau




