
Eau potable en danger : une proposition de loi pour stopper la pollution à la source
Face à la dégradation alarmante de la qualité de l’eau, le député écologiste Jean-Claude Raux défendra le 12 février à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à protéger les captages d’eau.
Annick, maire impuissante face à la pollution de l’eau qu’elle doit distribuer. Mélanie, contrainte d’acheter de l’eau en bouteille tout en payant la dépollution de l’eau du robinet. Gilles, agriculteur rendu malade par les pesticides qu’il a utilisés toute sa vie. C’est leur voix, et celle de millions de Français, que portera Jean-Claude Raux lors de la journée d’initiative parlementaire du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée.
Une contamination aux conséquences dramatiques
Les chiffres sont sans appel : 17 millions de Français ont consommé en 2023 une eau non conforme aux normes de qualité. Plus alarmant encore, 92% de l’eau potable contient du TFA, un polluant éternel de la famille des PFAS impossible à éliminer. Quant aux métabolites de pesticides à risque, 71% d’entre eux échappent à toute surveillance systématique.
La contamination aux pesticides et à leurs sous-produits persiste des années, voire des dizaines d’années dans la ressource en eau, bien après l’interdiction des substances actives. Résultat : 4 600 captages ont déjà fermé en raison de pollutions aux pesticides ou nitrates, et une centaine disparaissent encore chaque année.
Une facture qui explose pour les consommateurs
Le coût du traitement des pollutions s’élève actuellement entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an, payé in fine par les consommateurs. Sans action préventive, ce coût pourrait exploser jusqu’à 5 à 12 milliards d’euros par an dans les années à venir. Le prix de l’eau a déjà augmenté de 16% en deux ans et demi et pourrait doubler d’ici 2030.
« Aujourd’hui, on fait payer aux consommateurs le traitement de l’eau polluée », dénonce le texte. Une situation d’autant plus révoltante que des collectivités n’auront bientôt plus les moyens de distribuer une eau conforme aux normes de qualité.
Trois mesures pour agir à la source
La proposition de loi prévoit un dispositif en trois volets. D’abord, l’interdiction des pesticides de synthèse et des engrais azotés minéraux dans les aires d’alimentation des captages sensibles – soit 3 à 4% de la surface agricole – à compter du 1er janvier 2030. Ensuite, la systématisation de la délimitation de ces aires par l’autorité administrative si les collectivités locales ne le font pas. Enfin, la mise en place de programmes pluriannuels d’actions obligatoires pour préserver la qualité des eaux dans ces zones.
Des initiatives locales qui prouvent que c’est possible
Loin d’être une utopie, cette approche s’inspire d’initiatives locales déjà réussies. « De la source à l’assiette » portée par Eau de Paris ou « Terres de Sources » du bassin rennais démontrent qu’il est possible de concilier agriculture durable et protection de l’eau. Le texte est d’ailleurs soutenu par de nombreux élus, des syndicats d’eau et une partie du monde agricole en transition.
« Nous n’avons plus le temps d’attendre, après des décennies d’échec global de la protection de l’eau potable, après des milliards dépensés en vain », martèle Jean-Claude Raux. « Si nous n’agissons pas maintenant, qui pourra garantir que nous boirons encore de l’eau du robinet dans quelques années ? »
Cette proposition de loi fait écho aux 2 millions de signatures contre la loi Duplomb cet été et aux 3 000 personnes rassemblées à Rennes le 10 janvier dernier. Un signe que la question de l’eau potable mobilise largement au-delà des clivages politiques traditionnels.