Loire-Atlantique

Illettrisme en Pays de la Loire : la Loire-Atlantique moins exposée, Sarthe et Mayenne en tête des fragilités

En Pays de la Loire, 9 % des 18-64 ans sont sans diplôme, contre 10,4 % en France. Mais l'Insee pointe des poches de fragilité au nord et à l'est de la région, quand la Loire-Atlantique affiche le taux le plus bas des cinq départements.

Combattre l’illettrisme suppose d’abord de savoir où il se niche. C’est tout l’objet d’une étude publiée ce jeudi par l’Insee Pays de la Loire, en partenariat avec l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (Anlci), qui cartographie pour la première fois à l’échelle des intercommunalités les populations potentiellement exposées à ces difficultés.

En France, en 2022, 11 % des personnes âgées de 18 à 64 ans peinent à maîtriser les savoirs de base à l’écrit ou en calcul, alors même qu’elles ont été scolarisées dans le pays.

L’Insee ne mesure pas directement l’illettrisme à l’échelle locale : faute d’indicateur territorialisé, l’institut s’appuie sur trois facteurs de risque identifiés au niveau national, l’absence ou la faiblesse du diplôme, une scolarité commencée à l’étranger, et l’appartenance à la tranche d’âge des 50 à 64 ans. Ces critères ne préjugent pas d’une situation avérée d’illettrisme, mais ils permettent de repérer les populations les plus susceptibles d’être concernées.

Premier constat, les Pays de la Loire s’en sortent plutôt mieux que la moyenne nationale. La région compte 173 670 habitants non-diplômés, soit 9,0 % de la population, contre 10,4 % en France. Le décrochage scolaire y est également moins marqué : en 2019, 5,9 % des jeunes de 14 à 24 ans quittaient l’école sans diplôme, contre 6,7 % au niveau national.

Les habitants des Pays de la Loire suivent des études plus courtes

Nuance importante toutefois, les Ligériens suivent des études globalement plus courtes, avec 34,8 % de titulaires d’un CAP, d’un BEP ou du seul brevet, contre 32,0 % en France. Et la région compte une part importante de sa population dans la tranche des 50 à 64 ans, davantage exposée aux difficultés : 36,7 % des habitants, contre 13 % de taux de difficulté observé nationalement dans cette classe d’âge.

La Loire-Atlantique, département le moins concerné de la région

Sur ce point, la Loire-Atlantique se distingue nettement des quatre autres départements ligériens. Avec 6,6 % d’habitants non-diplômés parmi les 18-64 ans, elle affiche le taux le plus bas de toute la région, très loin devant la Mayenne (10,9 %) et le Maine-et-Loire (10,4 %), et deux fois inférieur à celui de la Sarthe (12,4 %), département le plus exposé selon l’étude. La Vendée se situe pour sa part dans la moyenne régionale, à 9,2 %. L’écart entre la Loire-Atlantique et la Sarthe est d’ailleurs le plus important relevé dans l’ensemble de l’étude entre deux départements ligériens.

Cette position favorable s’explique largement par la structure du territoire. L’Insee classe les intercommunalités de la région selon quatre profils, urbain, littoral, rural sous influence urbaine et rural autonome, ce dernier étant identifié comme le plus exposé aux risques d’illettrisme, avec 12,5 % de non-diplômés dans les territoires les plus concernés (Bocage Mayennais, Coëvrons, Pays Sabolien, tous situés en Mayenne et en Sarthe).

La Loire-Atlantique, à l’inverse, compte une part importante de son territoire classée en urbain ou en littoral, deux profils où les fragilités sont, à l’échelle régionale, nettement moins présentes en proportion. L’étude précise à ce titre un point de méthode qui concerne directement le département : l’agglomération de la Région Nazairienne et de l’Estuaire y est classée en intercommunalité urbaine plutôt que littorale, bien qu’elle dispose d’une façade atlantique, en raison de sa densité de population majoritairement urbaine.

L’Insee rappelle toutefois une nuance qui s’applique aussi aux intercommunalités urbaines de Loire-Atlantique, à commencer par Nantes Métropole. un taux de non-diplômés plus faible ne signifie pas un nombre de personnes concernées plus faible. À l’échelle de l’ensemble des intercommunalités urbaines de la région, l’Insee dénombre 69 560 habitants sans diplôme, soit 8 % de leur population, et 225 470 peu diplômés, soit 26 %, ces volumes étant plus élevés qu’ailleurs du seul fait du poids démographique de ces territoires. Le document ne ventile pas ce chiffre par département, mais le phénomène concerne mécaniquement Nantes Métropole et la Région Nazairienne et de l’Estuaire, les deux principales intercommunalités urbaines de Loire-Atlantique.

Les villes, moins exposées en proportion mais davantage concernées en nombre

Le paradoxe des zones urbaines de la région mérite d’être souligné plus largement. Si les habitants y sont globalement plus diplômés et plus jeunes, le volume de population potentiellement à risque y est en réalité le plus élevé, par simple effet de masse démographique. Autre facteur à surveiller, la part des habitants ayant démarré leur scolarité à l’étranger y est plus forte, une tendance particulièrement marquée au Mans Métropole, où cette proportion atteint le niveau le plus élevé de la région.

Le littoral ligérien affiche pour sa part un taux de non-diplômés proche de la moyenne régionale, à 9 %, mais se distingue par une population plus âgée, notamment en Vendée, où la part des 50 à 64 ans est plus élevée. Quant aux intercommunalités rurales sous influence urbaine, elles se situent globalement dans la moyenne régionale, à l’exception de quelques territoires du Maine-et-Loire et de la Sarthe, en particulier la communauté d’agglomération Saumur Val de Loire et la communauté de communes Haute Sarthe Alpes Mancelles.

Un mois d’actions dans la région

Cette publication intervient alors que se déroulent, depuis le lundi 14 septembre et jusqu’au 2 octobre, les Journées nationales d’action contre l’illettrisme, avec des manifestations labellisées organisées à l’échelle régionale.

L’étude, signée par Isabelle Delhomme pour l’Insee Pays de la Loire, s’inscrit dans une série de travaux sur le sujet, dont une publication nationale de l’Insee parue en avril 2024 et une analyse régionale sur le décrochage scolaire publiée en mars 2023.

Articles similaires