Nantes

Isabelle Giordano à Nantes : « Donner le pouvoir à ceux qui agissent »

Vingt ans après sa création, le programme Projet Banlieues de la Fondation BNP Paribas était à l'honneur vendredi 11 avril à Nantes. Isabelle Giordano, sa déléguée générale, a rencontré associations et bénéficiaires des quartiers prioritaires de Loire-Atlantique. Rencontre avec une femme qui préfère les histoires aux statistiques.

La déléguée générale de la Fondation BNP Paribas était à Nantes vendredi 10 avril 2026, pour les 20 ans du programme Projet Banlieues. Rencontre avec une femme de conviction, qui parle de quartiers, de paniers repas et d’abstentionnisme avec la même intensité.

Il y a des gens qui récitent des chiffres. Isabelle Giordano, elle, raconte des histoires. Ce vendredi au Lieu Unique, la déléguée générale de la Fondation BNP Paribas est venue voir, vraiment voir les associations nantaises qui œuvrent sur le terrain.

Eli Commins, qui dirige le festival Variations, Louiza Battoy, qui anime l’association Casse ta Routine dans les quartiers nord de Nantes, ainsi qu’Eric Pairel et les équipes du marché de Bellevue, où des centaines de paniers repas sont distribués chaque semaine à près de 1900 personnes. Sur le terrain, ce sont 220 bénévoles qui distribuent à 430 familles, explique Eric Pairel, responsable du MAB.

« Ça raconte une seule et même histoire », dit-elle. Une fondation, des associations, des pouvoirs publics, des citoyens, et quand tout ça travaille ensemble, « ça aide à transformer la vie des gens, à améliorer le quotidien de femmes et d’hommes. C’est ce pourquoi je me lève le matin. »

Le marché de Bellevue comme boussole

Elle aime les exemples concrets. Celui du marché de Bellevue, elle y revient. Les invendus alimentaires redistribués, les producteurs locaux qui tournent, les familles qui mangent. « Ça fait vivre tout un écosystème », dit-elle. Et derrière les paniers repas, il y a des maraîchers, des jardiniers, du lien social recousu point par point.

Le programme Projet Banlieues, qui fête cette année ses 20 ans, accompagne depuis 2005 les associations des quartiers prioritaires, « là où on vit moins bien, là où le seuil de pauvreté est vraiment affecté ». Pas de financement fléché, pas de reporting kafkaïen. De la confiance, du temps, et une subvention pluriannuelle. Simple. Rare.

« Le premier parti de Nantes, c’est peut-être le parti des abstentionnistes »

Elle glisse la phrase sans s’y attarder, mais elle dit tout. Isabelle Giordano ne parle pas des quartiers de loin. Elle évoque Louiza Battoy qui incite les jeunes à voter, l’insertion professionnelle fragilisée, les missions locales débordées. « Souvent, les personnes qui trouvent les solutions, ce sont les associations. »

Alors son message à Nantes est direct : « Faites vivre les associations, aidez-les. Que vous soyez un simple citoyen. » Même une heure de temps donné, même 1 000 euros d’une PME locale, « ça peut aider des associations, ça peut aider des artistes. »

Réconcilier entreprise et intérêt général

Ce qui l’anime depuis qu’elle dirige la Fondation BNP Paribas, c’est aussi de tordre le cou à une idée reçue : « Le mécénat, c’est pas un gros mot. » En France, seules 9 % des entreprises mécènes. Un gisement immense, selon elle, à aller chercher porte à porte. « Dans une entreprise, il y a des femmes, des hommes, des jeunes qui ont des convictions environnementales, sociales, démocratiques. La vie citoyenne, ce n’est pas seulement en dehors de l’entreprise. »

Elle appelle ça « de vraie politique », pas celle des partis, mais celle des corps intermédiaires, des associations, des artistes, de tous ceux qui font le lien entre les décisions et le quotidien des gens.

À Nantes ce vendredi, sous un ciel clément, Isabelle Giordano est venue rappeler une évidence trop souvent oubliée : les solutions existent déjà. Elles s’appellent Casse ta Routine, marché de Bellevue, festival Variations. Elles ont juste besoin qu’on leur fasse confiance.

Visuel de Une et vidéo : © Alain Moreau.

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