
Né à Pontchâteau en 1931, Jacques Demy grandit à Nantes. C’est là, au-dessus du garage familial de l’allée des Tanneurs, que naît sa passion pour le cinéma, une minuscule caméra 9,5 mm, des marionnettes, des rêves de mise en scène dans une ville ouvrière et portuaire. Agnès Varda filme ces souvenirs dans Jacquot de Nantes (1991), tourné à Nantes, Couëron, Chantenay, Mauves-sur-Loire, pendant que Demy est en train de mourir. Il disparaît le 27 octobre 1990 avant la sortie du film.
Nantes, l’enfance d’un rêveur
Jacquot de Nantes est un acte d’amour autant qu’un portrait. Varda y filme l’enfant sensible, différent, qui ne fera pas ce que sa famille attend de lui, ni mécanicien comme son père, ni homme conforme à son époque. Demy n’a jamais assumé publiquement sa bisexualité, mais son fils Mathieu l’évoquera après sa mort.

Cette sensibilité particulière, ce regard de l’enfant qui se sait à part, qui construit son monde intérieur comme une forteresse, irrigue toute son œuvre, des Parapluies de Cherbourg à Peau d’Âne.
La Baule, l’été où tout a basculé
Quelques kilomètres au nord, sur la côte guérandaise. Diane Kurys pose ses caméras à La Baule et La Turballe en 1989 pour La Baule-les-Pins (1990). Juillet 1958, deux sœurs en vacances, la petite Sophie, huit ans, qui sera Diane Kurys elle-même. Les parents se déchirent en silence, le divorce approche, les enfants sentent tout sans qu’on leur explique rien. Nathalie Baye, Jean-Pierre Bacri. Une chronique familiale autobiographique, tournée à l’endroit exact des souvenirs.
Le Pays de Retz, l’Acheneau et les silences de Pelo
Plus au sud, entre Nantes et Pornic. Jean-Loup Hubert, Nantais lui aussi, revient en 1986 dans le bocage retzais pour tourner Le Grand Chemin à Rouans. Louis, neuf ans, débarque de Paris chez Pelo et Marcelle. C’est Pelo, Richard Bohringer, César du meilleur acteur, qui l’emmène pêcher sur l’Acheneau, cette rivière tranquille qui serpente dans le marais. Un homme qui noie son deuil dans le muscadet, une femme qui n’a pas survécu à la perte de son enfant, un petit Parisien qui apprend à lire le silence des adultes. Trois millions d’entrées, deux Césars, un village entré dans la mémoire du cinéma français.
Hubert, comme Demy, raconte son propre passé. Comme Kurys, il filme des enfants qui portent le poids de ce qu’on ne leur dit pas.
La côte de Jade, 1999. La dernière pièce du puzzle
Ingrid Chikhaoui a grandi près de Pornic, sur cette côte de Jade au sud de la Loire, quelques kilomètres à peine de Rouans où Hubert avait tourné quarante ans plus tôt. C’est là qu’elle situe Mais la mer elle s’invente pas, son premier long métrage attendu pour l’été 2026. Judith, onze ans, août 1999. Elle se prépare au bug de l’an 2000 comme son père scientifique le lui a appris, transforme une vieille pêcherie en forteresse quand sa mère décide de tout changer sans prévenir.
Quand la Loire-Atlantique redevient terre de cinéma sur l’enfance
Même mécanique que chez ses prédécesseurs : un enfant qui construit un monde propre pour résister à l’effondrement du monde adulte. La filiation est assumée. Dans Trois grains de gros sel (2022), son court métrage primé à Clermont-Ferrand, elle posait déjà la même question : deux sœurs seules, l’aînée qui invente une mort imminente pour la cadette, une mère qui rentre au comportement imprévisible. Le jeu comme dernière ligne de défense.
Un territoire, une sensibilité
Ce qui relie ces quatre cinéastes sur ce bout d’Atlantique n’est pas anodin. Trois femmes, Varda, Kurys, Chikhaoui, et un homme dont la sensibilité, comme l’écrit la presse spécialisée, était « à l’opposé des réalisateurs de la Nouvelle Vague, plus tournée vers des expériences minoritaires ». Quatre regards qui choisissent l’enfant comme point de vue, parce que l’enfant voit ce que les adultes ne montrent pas.
La Loire-Atlantique, avec ses côtes, ses marais, ses bocages et ses lumières particulières, semble offrir à cette sensibilité un cadre naturel. Peut-être parce que ces paysages, entre terre et mer, portent quelque chose d’instable, exactement ce que ces films cherchent à filmer.
Le casting est ouvert
Pour incarner Judith et les autres enfants du film d’Ingrid Chikhaoui, la production cherche actuellement quatre jeunes acteurs en Loire-Atlantique. Tournage prévu entre août et octobre 2026.
➜ Tout savoir sur le casting et comment candidater
Photo de Une : La côte de Jade près de Pornic, où Ingrid Chikhaoui a grandi dès son plus jeune âge et qui inspire son premier long métrage.© Alain Barré.




