
Nantes 2026 : le PRG lâche Johanna Rolland, Gildas Salaün reste
Le retrait du Parti radical de gauche de la liste Johanna Rolland illustre, une fois encore, les turbulences que provoque l’accord technique passé avec La France insoumise en vue du second tour. Mais au sein même du PRG nantais, la discipline de parti vole en éclats.
Une rupture de valeurs, pas de circonstances
Le Parti radical de gauche ne mâche pas ses mots. Dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce de l’alliance entre la maire socialiste et LFI, le parti claque la porte avec une formule qui résume tout : « Fidèle à ses valeurs républicaines, humanistes et laïques, le PRG a toujours participé aux victoires de la gauche nantaise, mais aujourd’hui ne se retrouve pas dans cet accord technique. »
Le message est posé, sobre, sans excès polémique, mais la rupture est nette. Pour le PRG, l’alliance avec les insoumis n’est pas une simple recomposition tactique : c’est une ligne franchie.
Séverine Papot sort, Gildas Salaün reste
La décision du PRG a cependant une conséquence immédiate et inattendue : elle ne s’applique pas uniformément à tous ses candidats. Ceux qui figuraient initialement sur la liste Rolland et choisissent de s’y maintenir sont, selon les termes mêmes du parti, considérés comme s’étant mis « en retrait » du PRG.
Concrètement, deux trajectoires se dessinent. Séverine Papot choisit de respecter la ligne du parti et quitte la course. Gildas Salaün, lui, adjoint au commerce de la Ville de Nantes, fait le choix inverse : il reste sur la liste, assume sa dissidence, et s’en explique publiquement sur Facebook avec une franchise désarmante.
Gildas Salaün : la conscience contre le parti
Le texte de Gildas Salaün est celui d’un homme qui sait qu’il va s’attirer des critiques, et qui les devance. « Déshonneur hurlent certains, incompréhension disent d’autres, responsabilité félicitent les derniers », écrit-il d’emblée, avant de poser la question qui structure toute sa réflexion : pourquoi rester sur une liste comprenant LFI, lui qui s’est opposé à la NUPES, puis au Nouveau Front Populaire ?
Sa réponse tient en une ligne : « Parce que je suis d’abord et avant tout un homme de gauche. »
Il ne prétend pas que l’accord lui convient. « Est-ce que cet accord me plaît ? Évidemment que non. Mais cela n’a aucune importance », tranche-t-il. Ce qui compte, selon lui, c’est ce que l’accord préserve : l’intégralité d’un programme élaboré pendant des mois, porté à plus de 35 % au premier tour, et qui protège, dit-il, les classes moyennes, les classes populaires, une certaine idée de la justice sociale et de la laïcité.
L’argument démocratique
Gildas Salaün va plus loin, et s’attaque à l’argument souvent entendu : en restant sur cette liste, la gauche modérée porterait la responsabilité de faire entrer des élus LFI au conseil municipal. Il le réfute avec méthode : « Ce sont bien les électrices et les électeurs de Nantes qui ont décidé cette entrée en plaçant la liste LFI au-dessus du seuil des 10 %. » Le résultat des urnes, quel qu’il soit, se respecte, c’est la règle du jeu démocratique, rappelle-t-il.
Et d’ajouter, avec un brin de pragmatisme assumé : une fois Nantes hors de portée de la droite, les élus LFI et lui pourront s’affronter librement dans l’hémicycle municipal. La bataille idéologique attendra le lendemain de la victoire.
L’adversaire désigné : Chombart de Lauwe
Ce qui motive réellement Salaün, c’est la nature de la menace qu’il perçoit en face. Il décrit une fusion silencieuse entre droite classique, Reconquête et Rassemblement national autour de la liste de Foulques Chombart de Lauwe, une fusion sans accord public, mais réelle selon lui, et d’autant plus dangereuse qu’elle reste invisible.
« Pour que Nantes ne bascule pas du côté obscur, il suffit de glisser massivement des bulletins de vote au nom de la Gauche unie pour Nantes », conclut-il, avec un sens de la formule qui tranche avec l’austérité du communiqué de son propre parti.
Une gauche nantaise en ordre dispersé
Ce que révèle cet épisode dépasse le seul cas du PRG. C’est toute la gauche nantaise qui aborde ce second tour en ordre partiellement dispersé : Bassem Asseh écarté, le PRG en rupture officielle, Salaün en fronde personnelle assumée. Johanna Rolland avance, mais dans un camp qui grince de toutes parts.
Dimanche 22 mars, les Nantais auront le dernier mot. D’ici là, chaque allié qui reste semble porter en lui une part de contradiction et l’assumer, comme un prix à payer pour rester dans la course.