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Nantes : Bassem Asseh claque la porte, Johanna Rolland paye le prix de l’union

Premier adjoint de Johanna Rolland depuis des années, pilier de l'exécutif nantais en charge de la sécurité, Bassem Asseh ne figurera pas sur la liste de la maire socialiste pour le second tour des municipales. Victime collatérale des négociations entre le PS et ses alliés insoumis et écologistes, l'homme s'efface sans se renier, et appelle malgré tout à voter pour celle qui a accepté son départ. Portrait d'une éviction annoncée, et d'une gauche nantaise prête à tout pour rester au pouvoir.

Nantes 2026 : Bassem Asseh claque la porte, Johanna Rolland paye le prix de l’union.

Il y a des déflagrations politiques qui se voient venir, et d’autres qui, même annoncées, font l’effet d’un coup de tonnerre. Celle de ce mardi 17 mars appartient aux deux catégories à la fois.

Bassem Asseh, premier adjoint de Johanna Rolland depuis des années, figure incontournable du paysage municipal nantais, ne figurera pas sur la nouvelle liste de la maire socialiste pour le second tour des élections municipales. L’homme qui tenait les questions de sécurité de la métropole, pilier visible et reconnu de l’exécutif, tire sa révérence. Non pas contraint au silence, mais par choix assumé du moins, c’est ce qu’il affirme.

Des semaines de braises sous la cendre

La surprise n’en est pas tout à fait une pour qui observait attentivement les coulisses de la majorité ces derniers mois. Depuis décembre 2025, le malaise couvait sourdement. Lors du vote interne à la fédération du PS nantais, censé n’être qu’une formalité protocolaire la désignation des socialistes appelés à figurer sur la liste de leur maire, deux coups de théâtre avaient déjà secoué les certitudes. Pas d’éclats, pas de drames médiatisés, mais des signaux forts pour qui savait les lire.

Nantes : Bassem Asseh claque la porte, Johanna Rolland paye le prix de l'union

Puis vint l’alliance avec La France Insoumise, scellée dans l’urgence du second tour. Un accord qui a ses exigences, ses sacrifices, ses monnaies d’échange. Et Bassem Asseh, selon plusieurs sources concordantes, en aurait fait les frais : les Verts, partenaires incontournables de la recomposition de la gauche nantaise, auraient conditionné leur soutien à son éviction du poste de premier adjoint. Tractations de couloir, équilibres fragiles, rapports de force assumés : la politique municipale dans ce qu’elle a parfois de moins reluisant.

La sortie par la grande porte

Ce qui frappe dans le message publié par Bassem Asseh sur ses réseaux sociaux, c’est moins l’annonce elle-même que la maîtrise du ton. Pas de règlement de comptes, pas d’amertume affichée. Une sortie digne, presque chirurgicale, mais non sans un sous-texte chargé d’émotion :

« Je sais que beaucoup d’entre vous seront déçus par ce message. Certains se sentiront même trahis. Je le comprends, et j’aurai l’occasion de m’en expliquer. J’ai fait le choix de ne pas être candidat au second tour de l’élection municipale. Je sais que cette décision peut paraître pour le moins surprenante. Néanmoins, un chapitre se ferme et d’autres s’ouvrent, différents, pas si éloignés. »

Derrière la formule policée, la réalité d’un homme écarté ou qui a préféré partir avant d’être poussé. La nuance, en politique, a son importance.

Le coup de théâtre, mais pas la rupture

Ce qui est remarquable dans cette séquence, c’est que Bassem Asseh ne rompt pas. Il s’efface, mais soutient. Il appelle même à voter pour celle qui, selon toute vraisemblance, a accepté ou validé son départ de la liste. La logique électorale prime, et l’ancien premier adjoint en joue avec une lucidité désarmante :

« Voter Johanna Rolland, c’est empêcher la droite radicale, celle que représente la liste de Foulques Chombart de Lauwe,  d’accéder au pouvoir à Nantes. Pour Nantes, pour le bien des Nantais, il faut tout faire pour bloquer un tel retour en arrière. »

Le message est clair : le danger vient d’ailleurs, et les querelles internes doivent attendre. Une discipline de camp, exercée avec élégance, mais une discipline tout de même.

Une majorité qui se recompose à tout prix

Cette séquence dit quelque chose de plus profond sur la gauche nantaise et, au-delà, sur la gauche française. Pour tenir face à une droite en ordre de marche, elle accepte de se recomposer, parfois douloureusement. Bassem Asseh n’est pas la première victime collatérale de ces reconfigurations, et ne sera probablement pas la dernière.

Johanna Rolland, elle, présente ce mardi sa nouvelle liste, fruit d’un équilibre savamment négocié entre socialistes et insoumis. Une liste sans son premier adjoint historique. Une liste qui dit, en creux, le prix de l’union.

Dimanche 22 mars, les Nantais trancheront. Mais avant même le vote, c’est déjà une page de la vie politique locale qui se tourne, et elle laisse quelques silhouettes sur le bas-côté.

Visuels : © Alain Moreau.

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