
Dimanche 19 avril 2026. Dans le cadre d’une journée nationale de mobilisation contre les Centres de Rétention Administrative (CRA), les militants nantais d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre ont mené une action directe visant l’entreprise Léon Grosse, maître d’œuvre du futur CRA prévu à Carquefou, en Loire-Atlantique.
Un projet contesté dès son origine
Le CRA de Carquefou cristallise depuis plusieurs mois une opposition croissante dans la métropole nantaise. En février 2026, la préfecture de Loire-Atlantique a classé le projet en PIG, Projet d’Intérêt Général, passant outre une consultation publique dans laquelle plus de 94 % des participants s’étaient prononcés contre sa réalisation.
Le terrain retenu, d’une superficie de 4,9 hectares, se situe sur la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) dite « Champ de Manœuvre », un site qui accueille par ailleurs un projet de construction de 2 000 logements d’ici 2032. Ce secteur est classé zone humide, alimente plusieurs ruisseaux urbains, abrite des espèces protégées et comprend un bois qualifié d’Espace Boisé Classé (EBC) au Plan Local d’Urbanisme Métropolitain.
Une « résistance structurée » qui revendique une écologie décoloniale
Pour XR Nantes et le comité nantais des Soulèvements de la Terre, s’opposer au CRA relève d’une même cohérence politique. Les deux organisations se réclament d’une écologie qu’elles qualifient de décoloniale : elles affirment défendre « une écologie politique, systémique et décoloniale » et exiger que cesse « la violence capitaliste et impérialiste exercée sur les corps et les terres. »
À leurs yeux, le CRA incarne « un système capitaliste néocolonial et raciste qui se perpétue notamment par l’exploitation des personnes issues de l’immigration, en les criminalisant et les précarisant. » Ils s’opposent selon eux « fermement au principe même du CRA, qui participe au continuum colonial en criminalisant l’immigration, en enfermant des étranger·ères dans des conditions indignes et en organisant des expulsions de masse. »
Les militants balaient également les arguments sécuritaires avancés par les partisans du projet, qu’ils jugent « simplement racistes et largement démontés par de nombreuses études scientifiques », citant notamment des travaux du CEPII et du sociologue Laurent Mucchielli.
Des conditions d’enfermement dénoncées
Le communiqué insiste sur les conditions de vie à l’intérieur des CRA : nourriture insuffisante et périmée, coupures d’eau courante, locaux insalubres, refus d’accès aux soins, violences physiques et psychologiques, le tout avec la menace permanente d’une expulsion pour des personnes que les organisations décrivent comme « vulnérables ayant déjà bien souvent traversé des expériences traumatiques dans leur parcours. »
Des demandes adressées à Léon Grosse et à la maire de Nantes
L’action de dimanche visait directement l’entreprise de BTP Léon Grosse. Les militants lui ont adressé un avertissement sans détour : « Nous tenons à rappeler au groupe Léon Grosse qu’à Nantes une résistance de plus en plus forte et structurée s’oppose à la construction du CRA, elle se poursuivra et s’intensifiera jusqu’à l’abandon du projet. » Leur demande est claire : que l’entreprise « se retire du projet de CRA. »
Les organisations s’adressent également à Johanna Rolland, maire de Nantes, qui s’est récemment exprimée publiquement contre le projet. Elles lui demandent d’« allier les actes aux paroles en usant des leviers juridiques qui existent bel et bien pour l’abandon définitif du projet. »
Un enjeu environnemental autant qu’humain
Au-delà de la question migratoire, les opposants soulignent le coût écologique du chantier. L’artificialisation d’une zone humide de plusieurs hectares accroît selon eux le ruissellement et « augmente significativement le risque d’inondations des terres et des habitations. » Ils y voient une question de justice environnementale : « Ce ne sont pas les promeneurs qui sont en jeu, mais les conditions de vie des habitant·es de la métropole. Ce sont les personnes les plus précaires qui sont les plus exposées aux effets du changement climatique. »
Le permis de construire est attendu pour juin 2026. Une demande d’autorisation environnementale doit encore être accordée avant cette échéance, une étape que les militants entendent bien surveiller de près.
Visuel de Une : © Thomas Louapre.




