Loire-Atlantique

Nantes : le préfet coupe court au retour de Dieudonné

Et une interdiction de plus pour Dieudonné. Le préfet prend un arrêté d'interdiction de son spectacle Istanbul en Loire-Atlantique.

Nantes : le préfet coupe court au retour de Dieudonné.
En Loire-Atlantique, la tournée souterraine de Dieudonné s’arrête net avant même d’avoir commencé. Le préfet Fabrice Rigoulet-Roze a signé, mercredi 22 octobre, un arrêté interdisant la représentation du nouveau spectacle de l’humoriste, « Istanbul », que celui-ci annonçait pour le vendredi 24 octobre 2025 « dans un rayon de 30 kilomètres autour de Nantes ». Le lieu devait, une fois encore, n’être révélé qu’aux détenteurs de billets, quelques heures avant la représentation — un stratagème devenu sa marque de fabrique pour contourner les arrêtés préfectoraux.

L’arrêté évoque « les propos à caractère antisémite et incitant à la haine raciale » tenus par Dieudonné M’Bala M’Bala lors de précédentes prestations, incompatibles avec « le respect de la dignité de la personne humaine ».

Face aux risques de troubles à l’ordre public, le préfet de région dit vouloir « couper court à toute provocation ». Les services de l’État assurent que toutes les dispositions sont prises pour garantir l’application de cette interdiction.

Depuis plus de quinze ans, la trajectoire de Dieudonné s’écrit entre estrades et tribunaux. De l’humoriste populaire des années 1990 — complice d’Élie Semoun — ne subsiste qu’une lointaine ombre. L’artiste s’est mué en agitateur politique, en porte-voix d’une France en rupture, dont il recueille les rancunes et les colères. Ses sketchs tournent de plus en plus vers le complotisme, le négationnisme et les attaques contre les institutions républicaines.

Un artiste sous interdictions en cascade

À l’été 2025, trois préfectures bretonnes — Morbihan, Finistère et Ille-et-Vilaine — avaient déjà interdit la tournée « Istanbul » pour « propos outrageants, conspirationnistes, homophobes et antisémites ». En juillet, un spectacle donné au Pas-de-Calais avait été interrompu en plein milieu par les gendarmes, venus signifier un arrêté préfectoral de dernière minute [web:15]. La semaine dernière encore, un autre show clandestin dans le Nord a été stoppé par la police à Hérin, près de Valenciennes.

Partout, la même mécanique : annonces de dernière minute, lieux tenus secrets, public loyal et défiance vis-à-vis des autorités. Chaque interdiction renforce un peu plus le statut d’iconoclaste dont Dieudonné se nourrit depuis deux décennies. « Et de trois arrêtés en 24 heures, mon nouveau record », ironisait-il en août sur ses réseaux, tournant les sanctions en dérision.

Chez ses fans, regroupés dans des cercles parallèles ou des plateformes cryptées, l’humoriste incarne une forme de résistance anti-système. Chez ses opposants, il demeure la figure d’une haine banalisée camouflée sous le vernis du rire.

Un bras de fer juridique jamais clos

Depuis l’ordonnance historique du Conseil d’État du 9 janvier 2014, autorisant pour la première fois l’interdiction préventive d’un spectacle au nom de la « dignité de la personne humaine », les préfets disposent d’un cadre juridique solide pour bloquer ses représentations [web:27]. Cette décision avait été rendue à l’occasion d’un précédent affrontement à Nantes, où l’État avait obtenu gain de cause face au tribunal administratif. Elle reste, encore aujourd’hui, la référence des services préfectoraux.

Mais la bataille judiciaire se joue à chaque date. En 2024, le tribunal de Nantes avait brièvement suspendu l’interdiction d’une autre représentation avant que la préfecture ne fasse appel [web:28]. À chaque étape, le comédien revendique la liberté d’expression, tandis que l’État rappelle les limites fixées par la loi sur la provocation à la haine et la mémoire des crimes contre l’humanité.

Les condamnations de Dieudonné

2007–2014 : premières condamnations pour injure raciale, apologie de crimes contre l’humanité et propos discriminatoires.​

2014 : le Conseil d’État valide les interdictions administratives au nom de l’ordre public.

2021 : quatre mois de prison et 15 000 euros d’amende pour propos antisémites.

2023–2025 : multiplication des interdictions et des spectacles clandestins en Bretagne, dans le Nord et désormais en Loire-Atlantique.

À Nantes, la boucle est bouclée : la ville symbole de son premier revers judiciaire devient, onze ans plus tard, le théâtre d’une nouvelle interdiction. Dieudonné, lui, promet déjà le prochain rendez-vous dans une autre région.