
Les inhibiteurs de la pompe à protons, plus connus sous le nom de protecteurs gastriques ou d’anti-acides, comptent parmi les médicaments les plus consommés au monde. On les prescrit contre les reflux et les brûlures d’estomac. Ils sont efficaces. Le souci, c’est qu’on les garde, souvent pendant des années, sans que la nécessité médicale soit avérée.
Des chercheurs du CHU de Nantes et du Département de médecine générale de Nantes Université se sont penchés sur ce phénomène. Leur étude, baptisée DeprescrIPP, vient d’être publiée dans la revue JAMA Internal Medicine. Elle montre qu’une information délivrée en parallèle aux patients et à leurs médecins généralistes suffit à doubler le nombre de personnes qui diminuent leur consommation, sans risque pour leur santé.
Une brochure pour le patient, un outil pour le médecin
L’essai a porté sur plus de 34 000 patients, suivis par 1 500 médecins généralistes. Le dispositif repose sur deux envois. Les patients ont reçu une brochure pédagogique sur le juste usage des anti-acides et l’intérêt de faire réévaluer leur traitement. Leurs médecins traitants ont reçu un outil d’aide à la décision, avec des critères clairs pour baisser progressivement les doses ou interrompre le traitement en toute sécurité. Les chercheurs parlent de déprescription.
Damien Fairier, coordonnateur de la cellule recherche en soins primaires du CHU de Nantes, y voit « une démarche concrète et innovante de sensibilisation des professionnels et des patients aux enjeux de la prescription et de la réévaluation des traitements ». L’étude, rappelle-t-il, doit beaucoup à la volonté commune du CHU, de Nantes Université et de la CPAM de Loire-Atlantique d’améliorer les soins de premier recours.
Deux fois plus de patients réduisent leurs doses
Les résultats sont nets. Dans le groupe ayant bénéficié de cette information croisée, le nombre de personnes parvenues à réduire d’au moins 50 % leur consommation de médicaments a doublé par rapport aux pratiques habituelles. Et le confort des patients n’en a pas pâti : un an après, l’arrêt ou la réduction des doses ne s’est pas traduit par une réapparition majeure des reflux ou des brûlures d’estomac.
Éviter le surtraitement
L’enjeu dépasse le simple confort. Prescrits trop longtemps sans indication médicale, les anti-acides entraînent des coûts évitables et peuvent exposer à des effets indésirables inutiles.
« Ces travaux confirment qu’il n’est pas toujours nécessaire de mettre en place des protocoles complexes pour réduire les surprescriptions d’IPP, explique le Pr Jean-Pascal Fournier, médecin généraliste au Département de médecine générale de Nantes Université et coordonnateur scientifique de l’étude. En apportant une information claire et partagée, nous proposons au patient et à son médecin généraliste un cadre d’échange serein pour réévaluer le traitement. Cela permet d’améliorer les ordonnances tout en garantissant un niveau de protection et de confort clinique identique. »
L’étude DeprescrIPP a bénéficié d’une subvention du ministère de la Santé dans le cadre du PREPS 2019. Elle est consultable sur PubMed.
Visuel de Une : © Sasun Bughdaryan




