
Le retrait-gonflement des argiles n’est pas un risque mineur. En France, près de six maisons sur dix se trouvent aujourd’hui dans une zone exposée. Le sol argileux se rétracte lors des sécheresses, puis gonfle au retour des pluies, provoquant des fissures structurelles parfois irréversibles.
Un phénomène en expansion rapide
Le chiffre le plus parlant vient de Julie Laernoes, députée écologiste de Loire-Atlantique : il y a cinq ans, 48 % du territoire national était classé en zone à risque RGA. Ce taux atteint désormais 55 %. Une progression directement liée à l’intensification des épisodes de sécheresse et d’inondation sous l’effet du dérèglement climatique.
Rezé refusée au titre des catastrophes naturelles
La commune de Rezé avait sollicité la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle (CatNat) après les sécheresses récentes. Cette reconnaissance conditionne l’accès aux indemnisations des particuliers via leur assurance habitation. Réponse de l’État : non. L’arrêté du 3 avril 2026, publié au Journal officiel, n’accorde pas ce statut à Rezé.
Pour Agnès Bourgeais, le message est clair et préoccupant : « Les collectivités souffrent de plus en plus des conséquences du changement climatique. Si l’État ne nous soutient pas et n’agit pas en profondeur, quel va être le sentiment des Français face à la dégradation de leurs biens ? »
Sans reconnaissance CatNat, les propriétaires concernés doivent financer eux-mêmes des travaux coûteux, qui ne règlent d’ailleurs pas définitivement le problème : le RGA est un phénomène évolutif, qui évolue avec le climat.
Un collectif né du quartier, ancré dans le réel
Face à cette situation, quatre habitants ont pris les devants en 2025 : Marie Charpentier, Laurent Poiraud, Anita Brevet et Agnès Lecerf ont fondé le Collectif Rezéen d’Habitations Fissurées, dans les quartiers du Domaine de la Classerie et des Jardins de la Pirotterie.
Leur premier chantier : recenser les logements touchés à l’échelle de Rezé. Une vingtaine de foyers se sont déjà signalés. Le collectif est adhérent à l’Association Urgence Maisons Fissurées (AUMF), active depuis 2019 pour informer les victimes du RGA sur leurs droits et peser sur les évolutions législatives.
Une proposition de loi bloquée au Sénat
Du côté législatif, Sandrine Rousseau avait déposé en 2023 une proposition de loi visant à mieux indemniser les dégâts causés par le retrait-gonflement de l’argile. Le texte, transpartisan, avait été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale en avril 2023. Il a été rejeté au Sénat en mai 2024. Depuis, aucune réinscription à l’ordre du jour n’a été actée.
« Le RGA est un risque qui touche une maison individuelle sur deux en France et il est l’un des premiers risques liés au changement climatique, mais pourtant il ne fait l’objet d’aucune politique publique ambitieuse », conclut la députée de Paris.
Visuel de Une : © Maëlis Juvin.




