Châteaubriant

Châteaubriant adhère à Cité de France, Alain Hunault regarde vers l’Assemblée

Châteaubriant a voté jeudi son adhésion à Cité de France, une association varoise créée en avril, portée par d'anciens officiers et soutenue par le président de l'ESJ Paris. Le maire, Alain Hunault, vise toujours le siège de député que son père et son frère ont occupé.

Le conseil municipal de Châteaubriant a voté jeudi 22 octobre dernier l’adhésion de la ville à Cité de France. Le nom sonne officiel. L’association a six mois d’existence, et son site internet trois semaines. Le maire, Alain Hunault, lui, a d’autres échéances en tête.

Cité de France a été déclarée le 13 avril 2026 à la sous-préfecture de Draguignan, avec une publication au Journal officiel le 21 avril. Son siège est à Saint-Raphaël, dans le Var, et son site, hébergé aux États-Unis, est en ligne depuis le 30 septembre. Elle se présente comme une initiative nationale non partisane, qui veut renforcer la cohésion nationale en partant des communes, et leur propose un diagnostic, un accompagnement et un label.

Des drapeaux et des bleuets

Le catalogue proposé aux communes compte six axes : jeunesse, mémoire, fraternité, fierté nationale, patrimoine et économie, Bleuet de France. On y trouve le pavoisement des bâtiments publics et des rues principales, la levée des couleurs dans les centres aérés, une soirée annuelle du patriotisme, ou encore le port du bleuet par les employés communaux pendant les périodes de collecte.

L’association se finance par le mécénat, les dons, des subventions publiques et la cotisation des communes membres, de 300 à 3 000 euros par an selon leur taille. Le montant que versera Châteaubriant n’a pas été rendu public.

Un modèle venu de Saint-Raphaël

Alexis Bouthéon, président fondateur, est saint-cyrien. Il a servi quinze ans dans l’armée de Terre, puis dirigé cinq ans Logivar Estérel UDV, une association d’insertion de Fréjus et Saint-Raphaël. Depuis 2017, il exerce comme consultant en management, sous le statut d’entrepreneur individuel. Sa biographie le présente comme conseiller au sein d’une collectivité, sans dire laquelle.

Les photos du site sont créditées à la Ville de Saint-Raphaël et à Estérel Côte d’Azur. Plusieurs montrent des jeunes de « Devenir citoyen », un parcours créé en 2023 par Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël et président de l’agglomération Estérel Côte d’Azur, réélu en mars 2026 sous l’étiquette Les Républicains. Chaque année, vingt-quatre collégiens volontaires suivent ce parcours parrainé par le Bleuet de France.

Généraux, château et école de journalisme

Le comité de soutien rassemble surtout des chefs d’entreprise, mais aussi une historienne, une professeure agrégée de lettres classiques et un ancien militaire devenu athlète. Trois noms pèsent davantage. Le général Hervé Gomart a été major général de l’armée de Terre. Franck Galland, spécialiste de la sécurité de l’eau, administre la Fondation Saint-Cyr et siège au comité de soutien national du Bleuet de France.

Le troisième est Vianney d’Alançon. Cet entrepreneur a créé Rocher Mistral au château de La Barben, dans les Bouches-du-Rhône, un parc de spectacles historiques soutenu à hauteur de sept millions d’euros par la Région et le Département, dont la famille Habert-Dassault et Vincent Montagne sont actionnaires. Le 13 février 2024, le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence a condamné en première instance la société et son président pour des travaux non autorisés sur ce monument classé.

Depuis novembre 2024, Vianney d’Alançon préside aussi l’ESJ Paris, une école de journalisme qui ne figure pas parmi les seize cursus reconnus par la profession. Elle a été rachetée par un consortium où l’on trouve la Compagnie de l’Odet de Vincent Bolloré, la Financière Agache de Bernard Arnault, CMA Média de Rodolphe Saadé et Koodenvoi, le fonds de la famille Habert-Dassault, propriétaire du Figaro. Entrer dans le réseau de Cité de France, c’est donc côtoyer des proches des principaux propriétaires de la presse de droite. Reste à savoir si ce voisinage servira un jour une candidature.

L’opposition voit Stérin, les documents montrent autre chose

L’opposition municipale soupçonne derrière l’association la main de Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire dont le projet Périclès finance la promotion des idées conservatrices. Aucun document public ne relie pourtant Cité de France à lui. Le seul fil connu passe par l’ESJ Paris : en juin 2025, Libération y relevait l’influence de l’Institut libre de journalisme, réputé proche des réseaux Bolloré et Stérin. Il s’agit d’une école, pas de l’association. Les liens documentés de Cité de France mènent ailleurs. Ils vont vers l’armée, vers un modèle municipal varois de droite, vers des patrons et un entrepreneur du patrimoine mis en spectacle.

Le siège qui manque

À Châteaubriant, l’adhésion a été portée par la majorité d’Alain Hunault, maire depuis 2001. Son père, Xavier Hunault, fut maire de 1959 à 1989 et député de 1962 à 1993. Son frère jumeau, Michel, lui a succédé à l’Assemblée nationale de 1993 à 2012. Alain Hunault, lui, a atteint deux fois le second tour des législatives, en 2017 et en 2024, sans jamais l’emporter. En 2024, Jean-Claude Raux (Les Écologistes) a été réélu dans la 6e circonscription avec 40 % des suffrages.

L’ambition n’a pas disparu. Selon nos informations, le maire vise l’investiture Horizons pour des législatives anticipées qui suivraient la présidentielle de 2027, à condition qu’Édouard Philippe soit en position de l’emporter. Des thèmes comme le drapeau, la mémoire et la jeunesse en uniforme parlent à un électorat de droite bien plus large que celui de sa seule ville, une sous-préfecture tombée de 14 300 habitants en 1982 à 12 260 aujourd’hui, et qui affiche le taux de pauvreté le plus élevé de Loire-Atlantique, 19 % selon l’Insee.

Il ne serait pas seul sur les rangs. Plusieurs sources affirment que Catherine Ciron, sa première adjointe, envisagerait elle aussi de briguer la députation. Entre l’élue, longtemps présentée comme la dauphine, et le maire, le froid est désormais installé.

Visuel de Une : 3 mars 2023, Alain Hunault et Jean-Claude Raux, le député de la 6è circonscription de Loire-Atlantique, à Châteaubriant

© Alain Moreau. Alain Hunault aimerait tant permuter les couleurs de son écharpe tricolore, pour avoir enfin le rouge près du col.

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