« Les médailles se gagnent à l’entraînement ; en compétition, tu viens juste les récupérer. » C’est la devise d’Ilia Topuria, champion des poids légers de l’UFC. Une manière de penser qui correspond parfaitement à Soraya Malassis. Cette Nantaise découvre le Muay Thaï plutôt tardivement, à 34 ans, mais en devient immédiatement passionnée. Il ne lui aura fallu que trois ans pour disputer deux finales de championnat de France et obtenir, en parallèle, trois diplômes professionnels de coaching et de juge-arbitre. Elle aura aussi mené un véritable combat intérieur et affirme : « Peu importe le point de départ, on peut atteindre ses objectifs si on s’en donne les moyens. »
Une enfance douloureuse
Avant de découvrir le Muay Thaï, la Nantaise se passionne pour la musique, qui deviendra sa première passion. Celle-ci prendra une place centrale dans sa vie : « De base, je suis chanteuse-compositrice, je travaillais à côté dans la restauration, mais ma flamme, c’était la musique », témoigne-t-elle. Une passion qu’elle partage avec son père, musicien lui aussi, et qu’elle va même développer pour atteindre des rêves qu’elle pensait irréalisables : « Je ne m’attendais pas à pouvoir jouer un jour au Stereolux ou à faire des premières parties d’artistes que j’adore. »
Un caractère de travailleuse et un attrait pour le monde artistique. Toujours sportive, Soraya Malassis a longtemps pratiqué la danse et le pole dance. Elle fera même quelques arts martiaux, comme le krav-maga, sans jamais accrocher, considérant la discipline trop ennuyante pour elle.
Se relever des coups
Mais Soraya doit surtout faire face à une enfance très difficile, marquée par des violences physiques. Elle est battue par sa mère durant toute son enfance, jusqu’à ses 18 ans, âge auquel elle quitte le domicile. Ses parents sont divorcés et son père, qui vit dans une autre ville, n’est pas au courant de ce qu’elle vit.
Des moments d’horreur qu’elle garde pour elle : « Quand tu es enfant, tu n’en parles pas. Parce que tu te dis que c’est normal. J’avais tellement peur de la folie de ma mère que je me disais que si j’en parlais, j’étais morte. »
Un environnement très lourd qui laisse chez la jeune femme de grandes séquelles : « J’ai dû faire de l’hypnose, mais j’avais toujours du mal à m’imaginer me défendre. Je n’avais jamais rendu de coups. J’ai déjà vécu plusieurs agressions dans la rue, où j’étais complètement bloquée par la peur. »
La sportive développe un rapport très compliqué avec le combat : « Je voulais me tester, j’ai fait de la compétition pour savoir si j’étais capable de porter de vrais coups. » À l’entraînement, les coups sont plus mesurés, souvent avec davantage de protections, des gants plus épais et moins de force. « Je me suis demandé : est-ce que la grande Soraya arriverait maintenant à répondre aux coups qu’on lui porte et à ne pas se bloquer ? »
Entrée sur le ring
Une question à laquelle elle va vite répondre. Après seulement quelques semaines d’entraînement, son coach l’inscrit pour les championnats de France : « Avant mon premier combat, mon coach m’avait prévenue : “Tu ressortiras changée.” Il avait totalement raison. Je suis sortie du ring, je me suis sentie libérée et depuis, je n’ai plus du tout été la même », certifie-t-elle.
Tout commence il y a trois ans. Fan de Jean-Claude Van Damme depuis l’enfance, mais longtemps freinée par la peur de prendre des coups, Soraya pousse finalement la porte du Ring Nantais, où elle suit d’abord des cours sans sparring, uniquement au sac et aux paos. Employée dans la restauration, elle ne s’entraîne alors qu’une à deux fois par semaine. Mais à la suite d’un licenciement économique, elle peut finalement consacrer bien plus de temps à sa pratique : « Je ne faisais plus que ça, avec jusqu’à 10 heures de sport par semaine. Je suis tombée dingue de ce sport d’un coup. »
Une première finale
Mais sa soif de revanche n’est toujours pas comblée. La Nantaise demande donc à son coach si elle peut faire de la compétition. Message reçu : malgré des délais très courts, son coach l’inscrit directement au championnat de France 2025.
Unique représentante de sa catégorie des -71 kg en région, elle accède à la finale nationale sans passer par les qualifications habituelles. Quelques semaines avant de monter sur le ring pour la première fois, Soraya obtient en plus son diplôme de juge-arbitre régional de Muay Thaï.
Ce combat est un sacré défi que la Nantaise ne va pas prendre à la légère : « Je ne m’y attendais pas du tout, je venais à peine de commencer le sport. Normalement, on a une saison entière pour se préparer. Je n’avais jamais fait d’autres compétitions ni même de vrais combats. » Elle doit aussi lutter contre ses doutes : « Je ressentais le syndrome de l’imposteur, de pouvoir aller au national sans avoir gagné ma place aux régionales. Mais d’un côté, cela faisait aussi que j’arrivais sans expérience. »

Elle décide de se tester en se plaçant dans une catégorie de poids inférieure à son poids de forme : « Je voulais vivre la préparation comme les vrais combattants, donc je me suis aussi formée en nutrition pour faire une sèche. Le jour du combat, j’étais assez affaiblie, car je faisais 68 kg pour 1,85 m alors qu’habituellement je fais 75 kg. »
Malgré une performance qu’elle qualifie de « brouillonne » et une défaite aux points, elle vit cet affrontement comme une victoire personnelle qui transforme définitivement son rapport à la peur et son lien avec ce sport.
« Le Muay Thaï m’a montré que je pouvais encaisser et donner des coups. » Mais bien au-delà de savoir se défendre, c’est devenu pour elle un véritable moyen d’extérioriser ce trop-plein d’émotions et de trouver une stabilité mentale : « Ça m’a permis de me défouler, ça m’a apaisée et m’a aidée à mieux gérer mes émotions. »
La consécration
Forte de sa première expérience en compétition, l’athlète décide de disputer à nouveau les championnats de France l’année suivante. Une manière de prendre sa revanche, mais surtout de retrouver le plaisir et l’excitation de la préparation pour le combat.
Avant son deuxième championnat de France en 2026, Soraya a mené de front plusieurs objectifs. En une année seulement, elle a obtenu deux autres diplômes : le Brevet fédéral de Muay Thaï et le diplôme d’instructrice fitness option musculation (CQP). Ce dernier a été particulièrement intense, condensant en deux mois et demi un programme normalement étalé sur quinze mois.
Soraya a même décidé de se faire opérer les yeux pour pouvoir combattre : « On n’a pas le droit de combattre si notre vue est trop mauvaise. J’ai fait l’opération pour passer les contrôles si je voulais combattre à nouveau. J’ai dû arrêter de faire du Muay Thaï pendant un mois et demi. »
Au même moment, on lui propose de combattre à nouveau en championnat de France, mais Soraya sort d’une période compliquée. Après l’effervescence des préparations aux diplômes et du sport à côté, elle traverse une période de creux et la redescente après les examens la plonge en dépression. Elle a aussi dû gérer une blessure de fatigue à l’orteil, imposant plusieurs semaines d’arrêt.
Quand on lui propose de revenir aux championnats, Soraya espère secrètement que son chirurgien ophtalmologue lui déconseille la compétition pour ne pas avoir à faire de choix. Réponse : « Aucune contre-indication. Bonne compétition. » Alors Soraya décide que « c’est un signe » et s’engage dans une préparation intensive.
Trois semaines pour tout donner
La date butoir est à moins de trois semaines et démarre alors une préparation militaire. Le président, qui la considère comme l’« espoir féminin du club », la met au défi de ramener la médaille. Ses coachs la poussent « dans le rouge » lors de quatre ou cinq entraînements extrêmement physiques pour compenser son manque de cardio par sa nouvelle force acquise en musculation. Le soutien de l’ensemble de son club est une motivation très importante pour elle, elle se répète : « Si je ne ramène pas la médaille, je retourne plus jamais dans ce club parce qu’ils m’ont tellement poussée que eux aussi la méritent. »

Arrivée en finale nationale des -75 kg, Soraya suit une stratégie précise visant le KO rapide pour économiser son énergie. Elle arrive complètement transformée : « Au moment de monter sur le ring, j’étais vraiment concentrée, je n’entendais plus rien, j’étais comme une machine », elle applique les conseils de ses entraîneurs et remporte le titre de championne de France 2026, confirmant ainsi son ascension fulgurante dans la discipline.
Les efforts ont payé et Soraya Malassis se distingue une fois de plus par sa force de résilience.
Une envie de transmission
Ce tournant sportif l’a rapprochée de son père. Eux qui ont longtemps partagé l’amour de la musique se retrouvent maintenant autour de la boxe anglaise. Ils partagent des stages et une complicité nouvelle, se comprenant mutuellement à travers la discipline.
Soraya a choisi de mettre fin à sa carrière de compétitrice, estimant qu’à 37 ans, elle peut maintenant passer derrière les cordes du ring. Forte de ses titres et de ses diplômes obtenus en un temps record, elle se consacre désormais au coaching via son entreprise Ayaros Coaching. Elle propose des programmes de musculation, de remise en forme et de Muay Thaï. Elle n’a pour autant pas complètement arrêté la musique : « J’ai recommencé à faire de la musique, j’essaie de monter un groupe », conclut-elle.
Redonner confiance aux femmes
Soraya a particulièrement à cœur d’accompagner les femmes pour les aider à s’affranchir de leur charge mentale et du syndrome de l’imposteur. Son objectif est de leur redonner confiance en elles pour qu’elles se sentent enfin capables et fières de leurs accomplissements.
« Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves. Peu importe le point de départ, on peut atteindre ses objectifs si on s’en donne les moyens. Il faut se libérer du syndrome de l’imposteur et ne pas avoir peur de se lancer. »
Visuel de Une : © Emma Moreau





