
Vers 17 h 20, le 20 juillet dernier, un feu parti d’un barbecue ravage le camp du Moulin des Marais à Doulon, dans l’est nantais. Cent quarante-huit sapeurs-pompiers, quarante-trois engins, dix hectares détruits, une cinquantaine d’habitations riveraines évacuées par précaution un important incendie s’est déclaré dans le secteur Moulin des marais du quartier Doulon, à Nantes, avec dix hectares ravagés par le feu.
Tout commence le 20 juillet
Deux jours plus tard, le 22 juillet, un nouveau départ de feu embrase un campement au lieu-dit les Haradières, à Saint-Herblain, cette fois côté ouest de la métropole un incendie s’est déclaré dans un bidonville de Saint-Herblain, caravanes et véhicules ayant été complètement brûlés.
Le 30 juillet 2026 enfin, chemin du Cormier, toujours à Saint-Herblain, un troisième sinistre en dix jours détruit une quinzaine de caravanes et une centaine de véhicules, contraignant deux cent cinquante personnes à évacuer dans l’urgence le bilan matériel fait état de la destruction d’environ quinze caravanes, cent véhicules ayant également été détruits par le feu, sur une surface estimée à sept mille mètres carrés.
Selon la DIHAL, environ deux cents personnes vivent dans ces lieux de vie précaires de l’agglomération nantaise. C’est ce chiffre que reprend le Collectif Romeurope dans son communiqué, pour rappeler ce que ces familles ont perdu en quelques jours de canicule et de vent : les caravanes qui leur servaient d’abri, les papiers d’identité, les voitures qui permettaient de rejoindre un emploi le matin.
Certaines étaient reparties en vacances en Roumanie au moment des faits et ont dû apprendre, à distance, que leur vie tenait dans des cendres.
Le collectif ne s’arrête pas au constat matériel
Le collectif pointe la vague de commentaires diffamatoires et haineux qui a suivi sur les réseaux sociaux, au point que la presse locale a dû elle-même s’employer à les contenir. Mais il choisit aussi de souligner l’autre versant, celui des habitants et des associations venus spontanément déposer vêtements et matériel sur les campements, ou se signaler auprès de Romeurope.
Une fraternité de terrain, dit le texte, qu’il faut élargir plutôt que saluer une fois pour toutes.
C’est là que le récit bascule
Après les incendies, préfet, élus, pompiers et travailleurs sociaux ont coordonné l’urgence : évacuation, accueil en gymnase, premier accompagnement. Mais la suite s’est enrayée. Vendredi 14 août, le collectif Personne à la rue et l’association Roata se sont mobilisés devant l’hôtel de ville de Nantes pour demander la suspension de l’expulsion des campements de Moulins-des-Marais et des Chaupières, annoncée pour ce mardi 18 août. Reçus l’après-midi même par la municipalité, ils ont plaidé leur cause.
Quelle Fraternité ? Quelle Humanité ?
L’échange n’a rien donné une demande de suspension de l’expulsion, restée sans réponse selon les acteurs associatifs. Le même jour, Philippe Barbo, de l’association Roata, réclamait au préfet une audience en urgence dès le lundi 17 août. Lundi midi, il n’avait toujours pas de réponse. « Nous demandons aux autorités de ne pas utiliser la force », résumait-il, dans l’attente d’être simplement entendu.
Voilà le paradoxe que le communiqué de Romeurope met en lumière sans le nommer frontalement, mais qu’il donne à voir en creux.
La mairie de Nantes est tenue par une liste conduite par Johanna Rolland sous la bannière de la Gauche unie pour Nantes, majorité qui revendique volontiers l’humanisme et la fraternité comme boussole de l’action municipale. Mais quand des familles qui viennent de tout perdre dans un incendie demandent simplement d’être reçues avant d’être expulsées, la réponse se limite à un rendez-vous sans suite et à un silence préfectoral.
Entre le discours et le geste concret
Entre la solidarité affichée et la solidarité pratiquée sur un dossier aussi sensible que celui des campements roms, la distance est justement ce que le collectif Romeurope pointe du doigt, avec une pudeur qui n’enlève rien à la sévérité du constat.
En attendant une réponse, plusieurs familles se seraient déjà déplacées d’elles-mêmes vers le secteur de Doulon-Gohards, anticipant l’expulsion de mardi.
Les enfants, eux, doivent dans quelques jours reprendre le chemin de l’école, sans qu’on sache encore avec quels habits ni quelles fournitures.
Le Collectif Romeurope de l’agglomération nantaise invite toute personne voulant se signaler ou proposer une aide à écrire à romeurope.nantes@gmail.com.
Visuel d’archives : © Association Roata




