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Violette Chantriaux : l’insoumission comme écriture

Un premier récit pour cette jeune nantaise d'adoption. Violette Chantriaux, dessine, écrit et nous parle de la vie tout simplement.

Violette Chantriaux : l’insoumission comme écriture.

Avec Avouez-vous vaincu.es, la jeune autrice livre un premier texte furieusement vivant, qui refuse toute assignation. Entre journal intime éclaté et manifeste poétique, un cri de lucidité.

Il y a des livres qui arrivent sans prévenir, comme une gifle ou une caresse, et qui bouleversent l’ordre établi des choses. Avouez-vous vaincu.es, premier ouvrage de Violette Chantriaux paru aux Éditions Amalthée, est de ceux-là. Ni roman, ni essai, ni recueil poétique — et pourtant tout cela à la fois —, ce récit introspectif défie les cases avec une audace rare. « Je suis contradictoire », prévient l’autrice dès les premières lignes. Et c’est précisément dans cette contradiction assumée que réside toute la force de son écriture.

Une géographie intime de la fracture

Le texte s’ouvre sur un aveu de désorientation : « Parfois, j’ai la désagréable sensation que je perds complètement le Nord. » Violette Chantriaux construit son récit sur cette perte de repères, sur ce sentiment d’être « scindée en deux par tant d’histoires ». Née dans le Sud, exilée à Nantes, tiraillée entre héritage catalan et identité bretonne, entre soleil et grisaille, entre le besoin de solitude et la soif des autres, elle cartographie une identité en archipel.

Cette fragmentation n’est pas seulement thématique : elle structure l’écriture même. Les phrases se brisent, rebondissent, se contredisent. « Les gens comptent beaucoup pour moi », écrit-elle, quelques lignes après avoir affirmé préférer « la présence de la nature plutôt que les gens ». Est-ce un mensonge ? Non, c’est la vérité complexe d’une conscience qui refuse de se simplifier.

L’écriture comme nécessité vitale

« Écrire, c’est un peu l’essence qui me permet de démarrer sur un nouveau pied », confie Violette Chantriaux. Et l’on sent, à chaque page, cette urgence vitale. L’autrice écrit comme on respire, comme on tente de ne pas sombrer. Elle écrit pour « avoir des pieds de fer avec les plantes en bois, afin de pouvoir rester accrochée à la Terre malgré mon envie de m’envoler ».

Cette tension entre ancrage et envol traverse tout le livre. Entre quête spirituelle et analyse psychologique, entre réflexions philosophiques sur l’absurde et confidences sur le borderline, l’autisme, le TDAH, Chantriaux refuse les étiquettes tout en les nommant. « Les mots sont des mots, mais la signification de toute chose se trouve dans le cœur », écrit-elle avec justesse. Le diagnostic n’est pas une identité, c’est un outil pour comprendre « le chaos dans ma beauté ».

Une poétique de l’absurde

« Si j’étais quelque chose d’autre qu’un être humain sur une planète flottante, je serais le mot « absurde » », affirme-t-elle. Cette phrase résume admirablement le projet littéraire de Violette Chantriaux : habiter l’absurde, le danser, le transformer en matière poétique. Ses interrogations métaphysiques — « surtout sur la mort, surtout sur l’absurde, surtout sur la vie » — ne cherchent pas de réponses définitives. Elles cherchent à toucher, à transmettre une vibration émotionnelle.

Le style, par moments haletant, accumule les propositions courtes, les phrases nominales, les parataxes : « Je me lance, j’efface, je relance, je tiens, j’efface, je saute, je tombe, je ris et je chiale en regardant Fleabag. Puis j’allume une clope. » Cette écriture staccato mime le mouvement même de la pensée, ses accélérations, ses hésitations, ses recommencements — l’autrice avoue d’ailleurs avoir « recommencé ce livre au moins quatre fois, de zéro ».

Un manifeste de l’insoumission douce

Mais Avouez-vous vaincu.es n’est pas seulement un exercice d’introspection. C’est aussi, comme l’annonce la quatrième de couverture, un texte « traversé par la colère, la tendresse, la révolte ». Violette Chantriaux dénonce « les abus, les silences imposés, les violences » avec une lucidité qui n’exclut jamais la compassion. Son projet est politique autant que poétique : « transmettre », « ne pas mentir », « hurler ».

L’originalité de sa démarche tient à ce qu’elle ne cherche jamais à convaincre par le discours mais par l’émotion brute. « J’ai besoin d’être lue », écrit-elle sans fausse pudeur. Ce besoin n’est pas narcissique : c’est celui de créer un pont, de toucher « des cœurs avec mes émotions, avec mes pensées ». Dans un monde saturé de certitudes, Violette Chantriaux offre généreusement son doute, sa fragilité, sa quête inachevée.

Un feu qui ne se contrôle pas

« Un feu ne se contrôle pas », prévient la notice biographique. De fait, ce premier livre brûle d’une intensité peu commune. Il y a chez Violette Chantriaux quelque chose de sauvage et de précieux à la fois, une voix qui refuse de se polir, de s’adoucir, de rentrer dans le rang. Une voix « tantôt tempête, tantôt rivière calme », qui assume ses contradictions comme autant de preuves de vie.

Avouez-vous vaincu.es ne plaira peut-être pas à ceux qui cherchent la consolation facile ou les réponses toutes faites. Mais pour qui accepte de se laisser déstabiliser, d’entrer dans cette « beauté du chaos », le livre offre une expérience rare : celle d’une rencontre véritable, sans filtre, sans concession. Celle d’une écriture qui ne triche pas.

« Est-ce que je mens ? » demande l’autrice. Non, Violette. Tu dis vrai. Avec une sincérité qui fait mal et qui fait du bien à la fois. Avec une langue qui cherche encore sa forme mais qui a déjà trouvé sa voix.

Avouez-vous vaincu.es, Violette Chantriaux, Éditions Amalthée, 2025.

Biographie de Violette Chantriaux

Originaire de Perpignan, j’ai 24 ans et vis à Nantes depuis cinq ans. Entrée tôt dans le monde du travail, j’ai vécu un burn-out lors de mon parcours de fleuriste il y a trois ans. Cette épreuve, parmi d’autres expériences difficiles, m’a conduite à entreprendre un profond travail d’introspection et à décider de vivre de mes passions.

Violette Chantriaux : l'insoumission comme écriture
Violette Chantriaux par elle-même.

Durant ces années de reconstruction, j’ai exploré mes émotions et mécanismes traumatiques à travers le développement personnel, la philosophie, la sociologie et la spiritualité intuitive liée à la nature. Il y a un an, j’ai reçu mes diagnostics : je suis une personne non-binaire, autiste et avec un TDAH.

L’art, le dessin et l’écriture sont mes exutoires essentiels, que je partage notamment sur Instagram (@larmes_de_joie_). En avril dernier, j’ai publié mon premier livre, Avouez-vous vaincu.es, questionnant notre rapport à la superficialité et au déni.

Mes 40 carnets de réflexions nourrissent aujourd’hui mon contenu YouTube.

Je cherche à vivre alignée avec mes valeurs, à transmettre mes connaissances de façon désintéressée et à embrasser l’inconfort comme moteur d’évolution. J’aime l’absurde, observer, comprendre et catalyser les transformations – en abordant la vie comme un jeu où toute case peut se métamorphoser.