
Ce mercredi 23 septembre à 18 h 30, le conservatoire de Saint-Nazaire accueille Super Jazz Women, dans le cadre de Jazzimut, une conférence musicale portée par la chanteuse Chloé Cailleton et le pianiste compositeur Guillaume Hazebrouck. Un voyage parmi ces musiciennes que l’histoire du jazz a trop longtemps laissées dans l’ombre.
Demandez à un amateur de citer dix grands noms du jazz : il y a fort à parier que la liste sera exclusivement masculine
Pourtant, derrière les Armstrong, Ellington ou Coltrane, des dizaines de femmes ont composé, arrangé, improvisé et dirigé des orchestres.
La pianiste Terry Pollard, (photo) la tromboniste et arrangeuse Melba Liston, la saxophoniste Vi Redd ou la guitariste Mary Osborne n’ont jamais obtenu la reconnaissance que leur talent méritait. Pour l’édition 2026 du festival Jazzimut, Chloé Cailleton et Guillaume Hazebrouck proposent de corriger cet oubli.
Relire l’histoire autrement
Super Jazz Women repose sur une idée simple : pour s’imposer dans un milieu verrouillé, ces musiciennes ont dû faire preuve de ressources exceptionnelles, presque surhumaines. D’où ce clin d’œil aux super-héroïnes dans le titre. Chaque portrait devient l’occasion de mesurer les obstacles rencontrés et la ténacité nécessaire pour les franchir.
Pas question pour autant d’une leçon d’histoire figée. Les deux artistes jouent, chantent et projettent des images d’archives entre deux récits. Le public croise ainsi l’imaginaire foisonnant de Geri Allen, le jeu inclassable de Mary Halvorson, la technique éblouissante d’Hazel Scott, ou encore les œuvres monumentales de Mary Lou Williams et de Carla Bley. Maria Schneider et Dolly Jones complètent cette galerie.
La soirée pose aussi une question plus large : pourquoi certains instruments restent-ils associés à un genre ? Pourquoi la chanteuse est-elle acceptée quand la batteuse ou la contrebassiste suscite encore l’étonnement ? Chloé Cailleton y répond à partir de sa propre expérience de musicienne, en détaillant les pièges et les réflexes qu’une femme doit apprendre à déjouer pour se faire une place sur scène.
Chloé Cailleton, la voix du jazz nantais
Originaire du Choletais, la chanteuse a d’abord appris le piano avant de découvrir le jazz en fréquentant assidûment le Jardin de Verre, à Cholet. Autodidacte au départ, elle a fini par abandonner le clavier pour le chant, puis a poursuivi sa formation au Conservatoire de Nantes et au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.
Son parcours témoigne d’une curiosité sans frontières. Elle a chanté une décennie durant au sein des Voice Messengers, tenu les percussions dans le groupe Zalindê, rejoint l’Orchestre national de jazz et travaillé avec la Compagnie Frasques sur plusieurs créations, dont Super Jazz Women. Professeure de chant à l’école de musique de Saint-Sébastien-sur-Loire, elle forme aussi de jeunes chanteurs au Centre des musiques Didier Lockwood et lors des stages de Jazz in Marciac. Le ministère de la Culture l’a nommée chevalier des Arts et des Lettres en 2021.
Guillaume Hazebrouck, un fidèle de la scène ligérienne
Les festivaliers des Rendez-vous de l’Erdre le connaissent bien : il en était l’artiste fil rouge en 2024. Cet été-là, il avait notamment ouvert le festival à Guenrouët, puis joué à Saffré et sur la scène Sully à Nantes. Avec son quartet Sunship Troopers, il revisitait alors le répertoire de Sun Ra, pianiste visionnaire considéré comme l’inventeur de l’afrofuturisme.
Compositeur autant qu’interprète, Guillaume Hazebrouck a signé en juin 2025 une création d’envergure à Angers Nantes Opéra : Messe pour une planète fragile. L’œuvre, mise en scène par Guillaume Gatteau, s’appuie sur un poème de l’écrivaine sud-africaine Antjie Krog consacré à la menace qui pèse sur le vivant. La partition, construite comme un oratorio, a réuni la soliste Nayel Hoxo, la compagnie Frasques, le chœur de l’opéra et plus de 85 choristes amateurs nantais de tous âges. Des collégiens, le Petit Chœur nantais et un groupe d’habitantes de la Bottière faisaient partie de l’aventure.
Avant cette Messe, le compositeur avait déjà imaginé une œuvre participative ancrée dans un quartier, Les Sauvages.
Un duo complice
Ce n’est pas la première fois que les deux artistes se retrouvent. La chanteuse a déjà pris part à plusieurs projets de la compagnie Frasques. À Saint-Nazaire, elle tiendra le chant et lui le piano, pour une soirée où chaque anecdote trouve son écho en musique.
Infos pratiques
Super Jazz Women, conférence musicale, mercredi 23 septembre à 18 h 30, au conservatoire, 3 rue Pierre de Bayard, à Saint-Nazaire. Tarif unique : 8 €. Réservation sur HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/jazzimut/evenements/festival-jazzimut-2026-4-2




