Le repas est terminé depuis une heure quand la brûlure remonte derrière le sternum. Le soir, l’acidité revient dans la gorge dès qu’on s’allonge, et l’on finit par dormir calé sur deux oreillers. Beaucoup connaissent ces reflux qui gâchent les fins de journée, et beaucoup ont trouvé la parade dans l’armoire à pharmacie : une gélule chaque matin, devenue un geste aussi machinal que le café, poursuivie parfois pendant des années sans que personne ne se demande si elle sert encore.
Parmi les médicaments les plus consommés
Ces gélules portent un nom savant, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). On les appelle plus volontiers « protecteurs gastriques » ou « anti-acides ». Prescrits contre les reflux et les brûlures d’estomac, ils figurent parmi les médicaments les plus consommés au monde. Leur efficacité n’est pas en cause. Leur durée, si : trop souvent, le traitement se prolonge sans nécessité médicale avérée.
C’est sur ce terrain que se sont penchés les chercheurs du CHU de Nantes et du Département de médecine générale de Nantes Université. Leur étude, baptisée DeprescrIPP, vient d’être publiée dans la revue médicale JAMA Internal Medicine. Elle a suivi plus de 34 000 patients, suivis par 1 500 médecins généralistes, avec une question simple : comment aider à réduire ou arrêter un traitement devenu superflu, sans dégrader la qualité de vie des patients ?
La réponse tient en une information croisée
Les patients ont reçu une brochure expliquant le bon usage des anti-acides et l’intérêt de réévaluer leur traitement. Leurs médecins traitants ont reçu, de leur côté, un outil d’aide à la décision, avec des critères clairs pour diminuer progressivement les doses ou interrompre le traitement en toute sécurité.
Le résultat est net. Dans le groupe ayant bénéficié de cette double information, le nombre de personnes parvenues à réduire d’au moins 50 % leur consommation a doublé par rapport aux pratiques habituelles. Et un an plus tard, l’arrêt ou la baisse des doses s’est fait sans réapparition majeure des reflux ou des brûlures d’estomac.
L’enjeu dépasse le confort individuel
Pris trop longtemps sans indication médicale, les anti-acides génèrent des coûts évitables et peuvent exposer à des effets indésirables inutiles.
« Ces travaux confirment qu’il n’est pas toujours nécessaire de mettre en place des protocoles complexes pour réduire les surprescriptions d’IPP. En apportant une information claire et partagée, nous proposons au patient et à son médecin généraliste un cadre d’échange serein pour réévaluer le traitement. Cela permet d’améliorer les ordonnances tout en garantissant un niveau de protection et de confort clinique identique », souligne le Pr Jean-Pascal Fournier, médecin généraliste au Département de médecine générale de Nantes Université et coordonnateur scientifique de l’étude.
L’étude a été menée avec la CPAM de Loire-Atlantique et financée par une subvention du ministère de la Santé (PREPS 2019). « C’est grâce à la volonté commune des équipes du CHU de Nantes, de Nantes Université et de la CPAM44 d’améliorer le système des soins de premier recours, que nous avons pu mener à bien l’étude DeprescrIPP », dit Damien Fairier, coordonnateur de la cellule recherche en soins primaires du CHU de Nantes.
Pour ceux qui avalent leur gélule chaque matin depuis des années, le message n’est pas d’arrêter seul du jour au lendemain. Il s’agit d’en reparler avec son médecin traitant, qui reste l’interlocuteur pour décider s’il faut réduire, espacer ou poursuivre.




