La députée écologiste de la 4e circonscription de Loire-Atlantique veut alimenter les travaux de la commission d’enquête parlementaire ouverte après les violences du 17 octobre. Elle invite toutes les personnes présentes ce jour-là à Nantes, et lors des manifestations précédentes, à raconter ce qu’elles ont vu.
Le samedi 17 octobre, Nantes a connu l’une de ses plus fortes mobilisations de ces dernières années. Environ 20 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur. Le cortège portait des revendications sur le pouvoir d’achat, l’éducation et les services publics, dans le prolongement d’une mobilisation lycéenne engagée dès septembre.
La manifestation s’est déroulée pour l’essentiel dans le calme
La fin de journée, beaucoup moins : une trentaine de commerces du centre-ville ont été dégradés, certains pillés, le magasin Sephora de la rue d’Orléans a été visé par un incendie, et l’hôtel de ville comme la préfecture ont été pris pour cible.
Dès le samedi soir, le préfet de Loire-Atlantique, Laurent Hottiaux, dénonçait dans un communiqué la présence de « plus d’un millier de casseurs issus de l’ultragauche » mêlés aux cortèges. Le lundi suivant, il avançait un bilan de 75 interpellations dans le département et de 102 policiers blessés.
Le représentant de l’État a contesté toute idée de débordement des forces de l’ordre, assurant que les moyens étaient dimensionnés et que des renforts avaient été obtenus dès l’apparition des groupes violents, ce qui a permis selon lui d’éviter « le saccage complet du centre-ville ».
Une commission à l’Assemblée nationale
Le mardi 20 octobre, la commission des lois de l’Assemblée nationale s’est dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête, à l’initiative de sa présidente, Yaël Braun-Pivet, qui souhaitait des conclusions avant la fin de l’année. Une semaine plus tard, les travaux n’ont toujours pas commencé. Présidée par Vincent Caure (Ensemble pour la République), la commission avait désigné trois rapporteurs : Pouria Amirshahi (Écologiste et social), Agnès Firmin Le Bodo (Horizons) et Roger Vicot (Socialistes). Le Rassemblement national, qui n’a obtenu aucun de ces postes, a annoncé son boycott, Marine Le Pen accusant la gauche d’avoir manœuvré pour l’écarter.

Agnès Firmin Le Bodo s’est depuis retirée, inquiète pour la crédibilité des travaux. Le mardi 27 octobre, la conférence des présidents n’a pas trouvé d’issue, la gauche refusant notamment la création d’un quatrième poste de rapporteur destiné au RN. Vincent Caure a lui-même reconnu un blocage lié à des querelles partisanes.
C’est dans ce contexte que Julie Laernoes, ce mercredi 28 octobre, lance son appel. La députée rappelle que la commission « va prochainement se pencher sur les débordements survenus lors des manifestations du 17 octobre à l’échelle nationale, ainsi que sur les dispositifs de maintien de l’ordre déployés à cette occasion ».
Les questions qu’elle entend voir posées sont directes. « Pourquoi l’État a-t-il semblé si absent face aux débordements ?
Cette situation relève-t-elle d’une impréparation, d’une défaillance dans l’organisation du maintien de l’ordre ou d’une stratégie délibérée de pourrissement ? »
Sur le cas nantais, l’élue écologiste conteste frontalement la version préfectorale. « Comment expliquer que, pour une manifestation d’une telle ampleur, seulement une soixantaine de CRS aient initialement été déployés le samedi 17 octobre ? Quelles consignes avaient été données aux forces de l’ordre ? Quelles ont été les conséquences de cette doctrine de maintien de l’ordre sur les manifestant·es, les riverain·es et les commerçant·es ? »
Avec le groupe Écologiste et Social, elle s’adresse donc à un public large : « Lycéen·nes, parents d’élèves, enseignant·es, commerçant·es, riverain·es, soignant·es, journalistes, manifestant·es : votre témoignage compte. » Témoins ou victimes de violences, de dégradations ou d’interventions policières sont invités à se manifester. Selon le communiqué, ces récits « permettront de nourrir les questions lors des auditions des membres du Gouvernement, des préfets et des responsables du maintien de l’ordre, afin d’établir les faits, de comprendre ce qui s’est réellement passé et de faire toute la lumière sur les responsabilités de chacun ».
Photos, vidéos ou simple récit peuvent être déposés sur le site vuenmanif.fr. La députée précise qu’« aucun témoignage ne sera rendu public ni attribué nominativement sans votre accord ».
Visuel de Une : Nantes reprend vie après les manifestations dans le centre-ville © Alain Moreau




