Châteaubriant

Châteaubriant : +23 % de mortalité respiratoire, dit l’ORS

Un rapport officiel de l'Observatoire régional de la santé des Pays de la Loire, publié en janvier 2025, révèle une surmortalité masculine par maladie respiratoire de 23 % sur le territoire de Châteaubriant. Un chiffre que la communication municipale sur la transition énergétique passe sous silence.

L’Observatoire régional de la santé (ORS) des Pays de la Loire a publié en janvier 2025 un document de 90 pages intitulé Portrait Santé CPTS Atlantique Nord Loire, signé par Sandrine David, Marie-Cécile Goupil, Camille Foltyn et le Dr Jean-François Buyck. Ce diagnostic, financé par la Communauté professionnelle territoriale de santé Atlantique Nord Loire et mis en ligne en novembre 2025, dresse un état des lieux de la santé sur le territoire de Châteaubriant et Nozay, à partir de données croisées de l’Inserm, de l’Insee, de la Caisse nationale d’assurance maladie et du Système national des données de santé.

Une surmortalité masculine qui dépasse largement la moyenne nationale

Parmi les indicateurs les plus marquants de ce document, un chiffre se détache nettement : sur la période 2017-2021, les hommes du territoire connaissent une surmortalité par maladie de l’appareil respiratoire de 23 % par rapport à la moyenne nationale. Ce chiffre s’inscrit dans un contexte de mortalité générale masculine globalement supérieure de 10 % à la moyenne nationale, le rapport pointant également une surmortalité masculine par maladie cardiovasculaire de 23 %, par cancer de 14 %, par accident de la vie courante de 36 %, par suicide de 82 % et par pathologie directement liée à une consommation excessive d’alcool de 66 %.

Une prévalence stable, mais une mortalité bien supérieure

Le document précise toutefois que la prévalence des maladies respiratoires chroniques elles-mêmes, c’est-à-dire le nombre de personnes prises en charge pour asthme ou bronchopneumopathie chronique obstructive, reste proche de la moyenne nationale, avec un taux de 5,4 % contre 5,3 % en France hexagonale. Le territoire ne compte donc pas davantage de malades chroniques des poumons que la moyenne, mais ceux qui le sont meurent significativement plus souvent de leur maladie.

Une offre de soins nettement inférieure aux moyennes nationales

Cet écart entre prévalence stable et mortalité élevée interroge sur la prise en charge. Le rapport de l’ORS documente par ailleurs une offre de soins nettement inférieure aux moyennes nationales sur le territoire : la densité de médecins généralistes libéraux y est inférieure de 32 % à la moyenne nationale fin 2023, celle des médecins spécialistes de 53 %, celle des infirmiers de 47 % et celle des masseurs-kinésithérapeutes de 48 %. Le taux de non-recours au chirurgien-dentiste pendant trois années consécutives atteint 35 % sur le territoire, contre 33 % en moyenne nationale.

Une communication municipale silencieuse sur la santé respiratoire

La publication de ce rapport intervient alors que la mairie de Châteaubriant multiplie, ces dernières semaines, les communications mettant en avant sa politique environnementale, comme son article du 25 juin 2026 sur son engagement face aux changements climatiques, qui ne mentionne à aucun moment l’état de santé respiratoire des habitants.

Cette communication survient alors que la commune traverse un épisode de canicule, une période où les pics de chaleur et de pollution atmosphérique aggravent généralement les pathologies respiratoires existantes, particulièrement chez les personnes âgées et les personnes déjà fragiles.

Deux sources de pollution industrielle à l’ouest de la ville

Le territoire concentre par ailleurs deux sources de pollution industrielle distinctes situées à l’ouest de la ville, sous les vents dominants : la chaufferie biomasse, implantée dans le quartier de la Ville-aux-Roses, et la fonderie de fonte Focast, qui touche le centre-ville depuis 1856. Les deux installations sont susceptibles d’émettre des oxydes d’azote (NOx), un polluant directement associé à l’aggravation des pathologies respiratoires.

Aucune donnée chiffrée précise sur les émissions réelles de ces deux sites n’est aujourd’hui rendue publique. Cette rédaction reviendra sur ce point dans un prochain volet de cette série consacrée à l’environnement à Châteaubriant, avec des chiffres vérifiés.

Des dates et des chiffres contestés sur la chaufferie biomasse

Ces dates ne correspondent pas à celles que documentent d’autres sources, y compris municipales. La page de la mairie consacrée à la chaufferie bois et au réseau de chaleur urbain situe la mise en service de cet équipement à l’automne 2011, et non en 2009. De même, la centrale solaire thermique a été inaugurée le 15 décembre 2017, comme l’indique la propre page de la mairie qui lui est consacrée, et non en 2018.

Le chiffre de 42 000 tonnes de CO2 évitées avancé par la municipalité n’est par ailleurs appuyé par aucune méthode de calcul publique. Une publication spécialisée de la filière bioénergie indiquait en 2019 que la chaufferie bois permettait d’éviter 3 500 tonnes de CO2 par an, et la centrale solaire 2 200 tonnes supplémentaires par an, soit environ 5 700 tonnes par an. Sur quinze ans, cette estimation conduirait à un total proche de 85 000 tonnes, sensiblement supérieur au chiffre communiqué par la mairie, ce qui suggère soit une évolution des tonnages annuels réels, soit un changement de méthode de calcul, sans qu’aucune des deux hypothèses ne soit documentée publiquement.

Une part renouvelable en recul au profit du gaz

Cette même publication spécialisée de 2019 relevait également une baisse de la couverture du réseau de chaleur par les énergies renouvelables, ayant conduit la ville à confier à son assistant à maîtrise d’ouvrage une étude pour optimiser cette couverture. Une baisse de la part renouvelable dans le mix énergétique implique mécaniquement une part plus importante prise par la cogénération au gaz naturel, qui complète le dispositif. Le solaire thermique installé à Châteaubriant affiche en effet un facteur de charge compris entre 15 et 25 %, ce qui signifie que plus des trois quarts de l’énergie produite par le réseau provient d’autres sources, principalement le bois et le gaz.

Cette réalité technique, documentée par des sources spécialisées et par la municipalité elle-même en 2019, ne figure pas dans la communication actuelle de la ville sur sa politique climatique, qui présente le réseau de chaleur comme une réussite continue et linéaire depuis son origine.

Articles similaires