Châteaubriant : Marcel Francq nous a quittés. Né, il y a 100 ans, ses yeux ont vu une foule de choses. Il aimait raconter simplement ce qu’il lui était arrivé. En août 2025, il recevait la Légion d’Honneur.
Marcel Francq, résistant de 15 ans et vétéran de la Libération de Châteaubriant, est décédé ce lundi 1er décembre 2025. Il vivait dans cette commune du nord de le Loire-Atlantique depuis l’après‑guerre. Figure discrète mais centrale de la mémoire locale, il était devenu, au fil des décennies, l’un des derniers témoins directs de l’arrivée des troupes américaines dans la ville le 4 août 1944.
Un adolescent dans la tourmente
Né à Betton, près de Rennes, Marcel Francq entre très jeune dans la vie active comme apprenti mécanicien, tout en s’engageant dans les activités sportives et associatives du Cercle Paul‑Bert à Rennes. La guerre vient bousculer cet apprentissage ordinaire : il rejoint la Défense passive de la ville, participe aux secours après les bombardements et découvre, dans les ruines, l’ampleur de la violence du conflit.
C’est dans ce contexte qu’il croise les premiers réseaux de Résistance, par l’intermédiaire de figures qu’il ne connaît pas encore comme résistantes mais qui lui confient rapidement des missions de liaison. À 15 ans, il transporte du courrier à vélo entre différents quartiers de Rennes et jusqu’aux campagnes, profitant de son brassard de défense civile et de son casque qui lui servent parfois de passe‑droit aux contrôles allemands.
De la Résistance aux colonnes américaines
Au lendemain du Débarquement allié du 6 juin 1944, il choisit de « monter vers la Normandie » pour rejoindre les troupes américaines, quittant Rennes à vélo, presque seul, avec pour seule protection son brassard et son obstination. Il finit par entrer en contact avec les unités américaines dans la région de Pontorson–Pontaubault et se retrouve intégré à la 4e division blindée du général Patton, portant l’uniforme américain tout en restant officiellement soldat français.

Avec cette colonne, il participe à la progression rapide vers la Bretagne intérieure, sur ces routes qu’il connaît déjà pour les avoir arpentées en temps de paix. Il suit la division dans son mouvement de contournement des positions allemandes, avant qu’elle ne se redéploie pour attaquer Châteaubriant par le secteur de Derval, à rebours de ce qu’avaient anticipé les forces d’occupation.
Le 4 août 1944 à Châteaubriant
Le 4 août 1944, à l’aube, la colonne américaine dans laquelle se trouve Marcel Francq s’approche de Châteaubriant, venant de Rennes, via Derval, alors que les Allemands s’attendent à une arrivée par d’autres axes. La ville se réveille au bruit des chars et des automitrailleuses ; dans le centre, les premiers échanges de tirs éclatent, mêlant la liesse des habitants qui se massent aux fenêtres et sur les trottoirs à la brutalité des combats.
Les récits d’Arsène Brémont, greffier du tribunal de Châteaubriant, décrivent avec précision ce matin de tirs et d’obus autour de la place de la Motte, de l’Hôtel du Commerce ou de la rue Pasteur, tandis que le témoignage de Marcel Francq apporte le point de vue du jeune soldat dans la colonne alliée. Il raconte notamment comment une reddition qui semblait acquise tourne soudain au drame lorsqu’un soldat allemand abat un officier américain, relançant un feu nourri qui cause plusieurs morts des deux côtés. Ce drame se déroulait à l’endroit même où se situe aujourd’hui, le rond-point des Alliés.
Un retour à la vie civile
Une fois Châteaubriant libérée et la poche de Saint‑Nazaire encore en ligne de mire, il suit encore quelque temps les mouvements de la division américaine vers l’Anjou et la vallée de la Loire, avant de revenir vers Châteaubriant. L’école Aristide‑Briand, transformée en état‑major allié, devient alors un lieu charnière de sa trajectoire : c’est là qu’il rencontre Odette, une jeune Castelbriantaise qu’il épousera quelques mois plus tard.

Démobilisé, Marcel Francq reste dans le sillage de l’armée française en Allemagne, du côté de Baden‑Baden, puis rentre finalement à Châteaubriant au début des années 1950 pour y construire sa vie professionnelle. Mécanicien de formation, il travaille comme chauffeur puis dans l’industrie locale, avant de participer à la création et au développement d’une laiterie chemin de Choisel, où il se charge des véhicules et de la logistique.
Une mémoire au service des autres
À Châteaubriant, Marcel Francq mène une existence discrète, loin des honneurs, tout en restant profondément attaché à la ville et à ses habitants. Il fait partie de ces témoins qui acceptent, sans mise en scène, de raconter ce qu’ils ont vu, d’abord pour les familles des victimes puis pour les jeunes, dans les écoles, les associations, ou à l’occasion des cérémonies officielles.

Les années passant, son rôle de témoin prend de l’importance, à mesure que s’éteignent les autres acteurs de la Libération. Des décorations tardives, dont la Légion d’honneur, viennent reconnaître un engagement longtemps resté dans l’ombre, à l’image de ces milliers de jeunes anonymes passés, en quelques mois, de la vie d’atelier ou de ferme aux colonnes blindées de la Libération.
Dernier témoin d’une histoire locale
Pour Châteaubriant, la disparition de Marcel Francq marque la fin d’un lien direct avec le 4 août 1944, jour où la ville sort de l’occupation allemande après des années marquées aussi par le camp de Choisel et l’exécution des 27 fusillés. Ses paroles, recueillies notamment dans une vidéo réalisée par le média Actu44.fr, restent comme un document rare où l’émotion affleure derrière la précision des lieux, des dates, des visages.
Dans cette ville où la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est particulièrement vive, son récit s’inscrit désormais aux côtés de ceux des chroniqueurs, historiens et familles de victimes, comme une pièce indispensable pour comprendre ce que fut, concrètement, la Libération. En racontant jusqu’au bout qu’il n’avait été « qu’un simple soldat », Marcel Francq aura, sans le chercher, donné un visage à ces anonymes dont dépend parfois le basculement de l’histoire.
Les obsèques de Marcel Francq ont lieu ce jeudi 4 décembre, à 14 h 30, en l’église de Saint-Nicolas de Châteaubriant.
Photos et vidéo : © Alain Moreau.
