
Ce vendredi 3 avril 2026, à 17 heures, la communauté éducative du Pays de Châteaubriant s’est rassemblée devant l’inspection académique, rue Galilée, pour crier son ras-le-bol face aux fermetures de classes annoncées pour la rentrée 2026. Une mobilisation unitaire et déterminée, dans un territoire déjà fragilisé.
Un rassemblement unitaire devant l’inspection académique
Parents d’élèves, enseignants et représentants syndicaux, parmi lesquels la CGT et le SNUipp, ont répondu en nombre à l’appel à manifester lancé par les équipes éducatives du secteur de Châteaubriant. Rendez-vous était donné à 17 heures devant les bureaux de l’inspection académique, rue Galilée. Le message était clair : la coupe est pleine. On a pu croiser des enseignants et parents d’élèves venus de tout le secteur : de Sion-les-Mines, Lusanger, Abbaretz (où la question d’école intégriste est brûlant), Erbray, Moisdon-la-Rivière, Noyal-sur-Brutz, Ruffigné, Louisfert, Soulvache, Saint-Vincent-des-Landes, Fercé, Issé, La Meilleraye-de-Bretagne ou encore Châteaubriant, où plusieurs écoles étaient représentées.

Au cœur du rassemblement, une lettre ouverte adressée à Gilles Neuviale, directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN) de la Loire-Atlantique, a été lue publiquement. Ce texte, cosigné par les personnels de plus de vingt écoles du secteur de la circonscription de Châteaubriant, fait suite à dix-sept motions envoyées dès le 3 février 2026 par les conseils des maîtres, et restées, à ce jour, sans réponse.
Six à sept fermetures de classes dans l’un des territoires les plus défavorisés du département
Ce qui met le feu aux poudres, c’est l’annonce de la fermeture de six à sept classes dans la circonscription de Châteaubriant — l’une des plus défavorisées de Loire-Atlantique. Les indicateurs le confirment : taux de pauvreté élevé, indice de position sociale (IPS) parmi les plus bas du département, niveau de formation et d’emploi préoccupants (INSEE, 2024).
Supprimer des postes dans ce contexte, c’est, selon les signataires de la lettre, aggraver une situation déjà « intenable » : classes surchargées, élèves en grande fragilité psychologique et sociale, comportements difficiles, dégradation du climat scolaire dans l’ensemble des établissements du secteur.
Manque de remplaçants, pénurie d’AESH : un cercle vicieux dénoncé depuis des années
La lettre ouverte dresse un état des lieux accablant, fruit d’années d’alertes non entendues. Les équipes éducatives y décrivent un système à bout de souffle :
Les équipes éducatives y décrivent des familles en difficulté croissante, avec des enfants aux besoins complexes et peu de filets de sécurité institutionnels, pédiatres, PMI, CMP, ASE débordés ou absents, un manque chronique de remplaçants contraignant les collègues à accueillir les élèves des classes non couvertes, une pénurie d’AESH et des dossiers MDPH traités avec de très longs délais, un RASED affaibli avec un poste de psychologue scolaire en moins prévu du fait du redécoupage de la carte, et des locaux vétustes, des formations insuffisantes, des violences minimisées.
À cela s’ajoute une charge administrative croissante : documents de dernière minute, formations jugées « vides de sens », multiplication des rôles imposés aux enseignants pour pallier les défaillances d’autres services publics. Résultat : épuisement professionnel, arrêts maladie, démissions, fiches SST en hausse, autant d’appels à l’aide qui n’ont reçu, selon les signataires, que des réponses par mail.
Des revendications concrètes et unanimes
Face à ce constat, les vingt-trois écoles signataires, rejointes par des professeurs du lycée professionnel Étienne Lenoir, formulent des demandes précises :
Les manifestants réclament l’annulation des fermetures de classes, des formations de qualité adaptées aux réalités du terrain, une inclusion scolaire véritablement accompagnée, avec des AESH formés, mieux rémunérés et dotés d’un statut reconnu, l’embauche massive de remplaçants, du temps dégagé pour le travail en équipe, la reconnaissance du travail des personnels, et une institution « bienveillante et soutenante ».
Châteaubriant dans un mouvement départemental plus large
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de contestation qui dépasse les frontières de la circonscription. De Pont-Saint-Martin à Ancenis-Saint-Géréon, en passant par le Pays de Châteaubriant, les écoles primaires de Loire-Atlantique entrent en résistance contre une carte scolaire 2026 jugée brutale et déconnectée des réalités du terrain. À Pont-Saint-Martin, la suppression d’une classe à l’école maternelle des Halbrans ferait grimper les effectifs de petite section à 27 élèves, un chiffre inacceptable pour des enfants de 3 ans à peine. À Ancenis-Saint-Géréon, parents et enseignants se sont déjà rassemblés le 1er avril pour les mêmes raisons.
En milieu rural, l’école primaire est souvent le dernier service public du village : sa disparition progressive menace l’attractivité des territoires et la vie quotidienne des familles. Un argument qui résonne particulièrement fort dans le Pays de Châteaubriant.
« Qui nous écoute ? »
C’est la question que posent, avec une amertume non dissimulée, les personnels signataires de la lettre lue ce vendredi soir. Vingt-trois écoles, des dizaines d’enseignants, d’AESH, d’ATSEM, des syndicats, des parents, tous réunis autour d’une même conviction : l’école publique en Pays de Châteaubriant ne peut pas absorber de nouvelles coupes sans dommages durables pour les enfants, les familles et les personnels.
La balle est désormais dans le camp du DASEN et de l’institution. La communauté éducative, elle, dit ne plus vouloir attendre.




