
On pense souvent aux centres-villes anciens, à leurs ruelles étroites et à leurs façades de pierre, quand il s’agit d’îlots de chaleur urbains. Les travaux de l’Agence d’Urbanisme de la Région Nantaise (Auran) apportent pourtant un constat moins intuitif : ce sont aussi les grands équipements, les zones commerciales et les sites industriels qui ressortent comme les plus exposés. La carte interactive de l’agence d’urbanisme, établie à partir de données satellitaires, permet de l’observer point par point sur le territoire de Châteaubriant.
Le lycée, premier point chaud au nord-est
En haut à droite de la carte, vers La Cochonnais, le premier point rouge correspond au lycée. Comme pour les zones commerciales, ce type d’équipement cumule souvent de vastes toitures, des cours bitumées et des parkings peu végétalisés, des caractéristiques propices à l’accumulation de chaleur en surface.
Le Super U, route de Saint-Aubin-des-Châteaux
Plus bas sur la carte, à l’ouest, le secteur du Super U, route de Saint-Aubin-des-Châteaux, ressort lui aussi nettement en orange et en rouge, pour les mêmes raisons que la grande zone commerciale Horizon plus au sud : toiture de grande surface et parking étendu peu ombragé.
Une fonderie en plein centre-ville
Au centre de la tache jaune correspondant à l’agglomération, l’un des points les plus marqués se situe en plein centre-ville : une fonderie. Sa présence en cœur de ville, au milieu d’un tissu par ailleurs résidentiel et commerçant, en fait un cas particulier, où l’activité industrielle elle-même, et pas seulement le bâti environnant, contribue probablement à l’élévation locale de température.
La fonderie FMGC, à Hochepie, sur la commune de Soudan
Enfin, à l’est, en dehors du territoire urbanisé de Châteaubriant, le point rouge isolé repéré au lieu-dit Hochepie correspond à la fonderie FMGC, sur la commune de Soudan. Sa situation en zone agricole confirme ce que relève l’Auran ailleurs dans ses travaux : un site industriel isolé peut générer un îlot de chaleur localisé, même en l’absence de tissu urbain dense autour de lui.
La zone commerciale Horizon, le point le plus chaud du territoire
Au sud-ouest, hors de l’enveloppe urbaine dense, se trouve le secteur qui ressort en orange et en rouge le plus soutenu, sur la surface la plus étendue de tout le territoire communal : la zone commerciale Horizon. Elle regroupe notamment un hypermarché Leclerc, un Intermarché, l’enseigne de bricolage et jardinage Espace Émeraude, un magasin Décathlon, une boutique Kiabi, une enseigne Jules et une boulangerie Marie Blachère.
Une tache rouge plus dense que l’hypercentre
Plus frappant encore, la tache rouge de la zone Horizon apparaît visuellement plus dense et plus étendue que les points chauds relevés dans l’hypercentre, là où se concentrent pourtant la Grand Rue et la place de la Motte.
Le phénomène s’explique par la nature même de l’aménagement : de vastes toitures commerciales peu isolées thermiquement côté extérieur, des parkings de plusieurs centaines de places quasiment dépourvus de végétation, et de larges voies de circulation et de livraison bitumées sur toute leur surface.
L’Ademe rappelle que les surfaces foncées peuvent représenter plus de 40 % de la superficie d’une ville. Sur une zone commerciale de ce type, cumulant toitures de grande surface, parkings et voiries, cette proportion est structurellement bien supérieure à celle d’un tissu urbain mixte.
Des solutions existantes, encore peu déployées
Des alternatives à l’enrobé classique existent pourtant pour limiter cet effet sur les parkings. Le bitume et le béton ont un albédo très faible : ils réfléchissent peu la lumière et accumulent la chaleur. Des revêtements perméables, comme l’enrobé drainant, le béton drainant ou les dalles alvéolées végétalisées, laissent l’eau et l’air circuler dans le sol, ce qui modifie le cycle de stockage et de restitution de la chaleur par rapport à un enrobé fermé.
Certains enrobés clairs, dits biosourcés, misent quant à eux directement sur la teinte du revêtement : plus la surface est claire, moins elle emmagasine de chaleur en journée. D’autres solutions associent surface drainante et coloration par granulats, avec une température de surface restant inférieure à celle de l’enrobé classique en période estivale.
Des solutions qui restent sur le papier
À ces revêtements s’ajoute la question de l’ombrage. Des réserves de stationnement plantées d’arbres, ou des ombrières au-dessus des places de parking, permettent de limiter l’exposition directe du bitume au soleil.
La loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables impose déjà, sur les parkings extérieurs de plus de 1 500 m², l’installation d’ombrières photovoltaïques, une obligation qui a aussi pour effet, en réduisant la surface de bitume exposée en plein soleil, de limiter l’accumulation de chaleur.
Pour une zone comme Horizon, qui cumule plusieurs centaines de places de parking dépourvues d’arbres, ces solutions, perméabilité du revêtement, teinte claire, ombrage planté ou photovoltaïque, restent à ce jour largement absentes du paysage, alors qu’elles existent depuis plusieurs années sur le marché.
Un angle mort des politiques de rafraîchissement urbain
Les politiques de lutte contre les îlots de chaleur se concentrent généralement sur les centres-villes, plus densément peuplés et plus visibles. Les zones commerciales et industrielles, perçues comme de simples zones de passage, d’achat ou de production, restent largement absentes de ces réflexions, alors même que la carte de l’Auran place plusieurs d’entre elles en tête des secteurs les plus chauds du territoire castelbriantais.




