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Élections en Corée du Sud 2026 : le récit d’une Nantaise à Séoul

Inès Pohu, étudiante à l'UCO et stagiaire à Actu44, a une amie à Séoul. Le 3 juin, jour d'élections locales en Corée du Sud, Marie-Gabrielle lui a envoyé ses impressions en direct. Inès en a fait un récit.

Ailleurs est une nouvelle rubrique. Des ligériens et ligériennes qui vivent à l’étranger, qui regardent le monde avec un œil différent, et qui nous racontent ce qu’ils voient. Si vous êtes partis, que vous vivez hors de France et que vous avez quelque chose à dire sur ce que vous observez là-bas, écrivez-nous.

Marie-Gabrielle, une amie nantaise de 19 ans, est en Corée en cette période de l’anne. Elle m’a envoyé ses impressions, en direct de Séoul. Voilà ce qu’elle m’a dit, et ce que ça donne quand on compare avec ce qu’on connaît.

Le 3 juin c’était jour d’élections locales en Corée du Sud. Municipales, régionales, et des gouverneurs de province. Le premier grand test pour le président Lee Jae-myung, élu il y a tout juste un an après la destitution de Yoon Suk-yeol, celui qui avait tenté un coup d’État avec une loi martiale en décembre 2024. Autant dire que le contexte n’est pas habituel.

Debout à 5h, mais pas pour travailler

Ce matin-là elle sort tôt. Elle croise le monsieur du 7-23, le genre d’épicerie de quartier qui ne ferme jamais en Corée. Elle lui demande pourquoi il y a autant de monde dehors si tôt. La réponse est simple : les Coréens se lèvent à 5 h pour aller travailler d’habitude. Mais aujourd’hui c’est jour chômé. Jour d’élection.

En Corée du sud, le vote n’est pas obligatoire, mais le jour de scrutin est automatiquement chômé. Pas un dimanche comme en France où les gens auraient quand même une raison de pas se lever. Un vrai day off, en semaine, pour que tout le monde puisse aller voter.

Résultat, des enfants dans les rues le matin, peut-être pas d’école non plus ce jour-là, une ville qui vit différemment.

La campagne c’est physique, coloré, sonore

Elle décrit les rues. Des affiches partout. Pas juste quelques panneaux comme chez nous, type banderoles géantes sur les façades, chaque parti occupe l’espace visuel à fond. Les deux grandes forces politiques c’est le Bleu et le Rouge. Le Parti démocrate de Lee, progressiste, centre-gauche, et le PPP, conservateur.

élections Corée

Les numéros 1 et 2 sur les bulletins. La couleur politique en Corée c’est littéral. Et ça ne s’arrête pas qu’au visuel. Elle voit des groupes de gens qui marchent dans les rues, habillés aux couleurs de leur parti, qui crient, qui chantent, qui font du bruit pour leur candidat. Une forme de militantisme de rue totalement assumée, décomplexée, collective. En France on met un autocollant sur son vélo. Là-bas ils défilent en chantant.

La K-pop est même mise à contribution

Détail qui en dit long. Les stars de K-pop sont clairement influentes, leurs fandoms  (communauté) brassent des millions de gens.

Alors pendant la campagne une règle non écrite s’impose : pas de photos avec un doigt levé pour le « 1 » ou deux doigts pour le « 2 », parce que ça pourrait être interprété comme un soutien à un parti. Les artistes font attention, les agences font attention. Tous les moyens sont bons pour influencer, et tout le monde le sait. Même le signe de la victoire devient politique.

La pénurie de bulletins qui a failli tout faire dérailler

Là où ça coince, et ça a failli coûter cher. Une cinquantaine de bureaux de vote sur les 14 300 se sont retrouvés à court de bulletins, et le vote a été temporairement suspendu dans 22 bureaux en raison de retards de livraison. La raison : les autorités n’avaient pas anticipé une participation aussi massive lors des deux jours de vote avancé, la semaine précédente, si forte que les bulletins disponibles le jour J ne couvraient que la moitié des électeurs inscrits.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Plus de 6 000 personnes ont manifesté le soir devant un centre de dépouillement à Séoul, réclamant de nouvelles élections, brandissant des pancartes « Nouvelles élections ! » et agitant des drapeaux nationaux. Des citoyens qui n’ont pas pu voter sont allés manifester directement là où on comptait les voix. En Corée, la démocratie ça se défend dans la rue, et vite.

Les résultats annoncés comme un jeu vidéo

Et là c’est ce qui frappe vraiment quelqu’un qui arrive avec un regard extérieur. Quand les résultats tombent à la télé coréenne, ça ne ressemble pas du tout à notre soirée électorale française avec des graphiques sobres et des invités qui parlent lentement. La chaîne SBS a depuis longtemps transformé ce moment politique en véritable show visuel, surfant sur l’absurde et la pop culture, avec des effets spéciaux dignes d’une production gaming. Duel de spinning, batailles façon Squid Game, candidats présentés comme des personnages d’un jeu de combat avant le début du match. Mortal Kombat avec des costumes de politiciens. C’est délibéré, c’est pensé pour accrocher les jeunes, et ça marche.

Et les résultats au final

Vague bleue. Le Parti démocrate remporte 12 des 16 scrutins pour les postes de maires métropolitains et gouverneurs provinciaux.

Seule vraie résistance conservatrice : Séoul, où le maire sortant Oh Se-hoon a conservé la mairie dans une course extrêmement serrée, dans un bureau perturbé par la pénurie de bulletins justement.

Au-delà des chiffres, ce que retient Marie-Gabrielle ce n’est pas le résultat. C’est l’énergie. Les gens debout à l’aube, les rues colorées, les groupes qui chantent, la tension palpable. Et puis le soir les résultats mis en scène comme un événement, pas comme une obligation civique qu’on expédie entre deux publicités. La politique là-bas ça prend de la place dans l’espace public, dans le corps, dans les rues. Pas sûr qu’on puisse dire la même chose ici.

Visuels : © Marie-Gabrielle.

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