Vendredi 16 octobre, vers 11 h 15, des jeunes ont pénétré dans le bâtiment J de la cité scolaire Aristide-Briand, à Saint-Nazaire. Au premier étage, ils ont répandu de l’essence dans un couloir. Puis ils y ont mis le feu, avant de s’enfuir en courant par les escaliers. La scène a été filmée.
Les flammes sont parties très vite, une épaisse fumée noire a envahi le couloir. Deux professeurs ont aussitôt donné l’alerte et attaqué le feu à l’extincteur. Le bâtiment a été évacué, les autres non. Il n’y a aucun blessé. Les sapeurs-pompiers ont procédé au désenfumage, la police s’est rendue sur place. Le lycée a déposé plainte.
Une cité scolaire sous tension depuis plusieurs jours
L’incendie n’arrive pas seul. Depuis plusieurs jours, la cité scolaire, qui accueille environ 4 000 élèves et compte parmi les plus grands établissements de France, vit au rythme des blocages, des intrusions et des affrontements à ses abords. Mercredi 14 octobre, le secrétaire de direction a été frappé alors qu’il faisait barrage à une intrusion dans les bâtiments. Une enseignante a également été touchée. Jeudi 15 octobre, la Ville de Saint-Nazaire a fermé par précaution les équipements sportifs de la Plaine des Sports, voisine du lycée.
La Région condamne et porte plainte
Compétente pour les bâtiments des lycées, la Région des Pays de la Loire a réagi dans l’après-midi par la voix d’André Martin, vice-président chargé des lycées et de la formation initiale. Elle condamne fermement des actes « dont les conséquences auraient pu être dramatiques » et remercie les sapeurs-pompiers, les forces de l’ordre et les équipes de l’établissement pour leur réactivité.
« Aucune revendication ne saurait justifier de tels agissements, pas davantage que les violences commises ces derniers jours contre le lycée et son personnel, et contre d’autres établissements », écrit l’élu. La collectivité adresse son soutien à la direction, au personnel éducatif, aux élèves, à leurs parents et aux agents régionaux du lycée. Une plainte sera déposée.
David Samzun soutient les lycéens et vise les casseurs
Le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, a choisi un autre registre. Il se présente en « homme de gauche » et juge légitimes les revendications des lycéennes et des lycéens : conditions d’apprentissage, restauration collective, professeurs non remplacés, outils d’orientation comme ParcoursSup. « Ces sujets traduisent leur volonté de réussir leurs études dans les meilleures conditions possibles », dit-il.
C’est précisément pour cela qu’il se dit « scandalisé de voir des organisations politiques d’un côté et des casseurs de l’autre, tenter de faire déraper ce mouvement ». Les tentatives d’incendie qui se multiplient en France, comme ce vendredi à Aristide-Briand, sont pour lui des faits « graves et dangereux » qui « ne servent que les militants du chaos et de l’anarchie ».
Le maire ne s’arrête pas là. Il pointe aussi « de nombreux comportements inadaptés et certaines provocations » qui ne concourent pas au maintien de l’ordre, et demande au Gouvernement de faire « les rappels nécessaires aux forces de sécurité concernées ».
La responsabilité revient d’abord aux adultes, estime-t-il : faire redescendre la pression, écouter, répondre sur l’état des bâtiments, qui relève des Régions, et sur le fonctionnement des enseignements, qui relève de l’Éducation nationale. Aux jeunes, il demande d’envisager d’autres formes de manifestation que la confrontation directe avec les forces de l’ordre. « La Démocratie est fragile et elle est véritablement l’affaire de toutes et tous », conclut-il.
Quinze jours après Nelson-Mandela
Le précédent est dans toutes les têtes. Le jeudi 1er octobre, vers 8 h, le hall du lycée Nelson-Mandela, sur l’île de Nantes, a été ravagé par les flammes pendant un blocus. La direction a parlé d’un incendie volontaire. Une heure plus tôt, les portes vitrées du lycée Talensac, dans le centre de Nantes, avaient brûlé. Le lycée Nelson-Mandela est fermé jusqu’aux vacances de la Toussaint, les cours se font à distance. Ce même 1er octobre, Aristide-Briand faisait déjà partie des établissements bloqués en Loire-Atlantique.
À Aristide-Briand, le manque de moyens n’est pas nouveau
En mars 2025, le personnel s’était rassemblé devant l’établissement à l’appel de l’intersyndicale SNES-FSU, CGT Éduc’action et Sud Éducation pour dénoncer le manque de personnel administratif et éducatif dans ce lycée de 230 professeurs, avec des centaines d’heures de cours perdues faute de remplacement.




