Loire-Atlantique

Le bordel des bornes électriques en Loire-Atlantique

Badge ici, application là, carte bancaire nulle part, ou presque. Derrière l'apparente diversité des réseaux de recharge en Loire-Atlantique se cache une réalité que la réglementation n'a toujours pas corrigée, et que les pouvoirs publics locaux peinent eux-mêmes à maîtriser.

Recharger une voiture électrique en Loire-Atlantique reste une loterie. Selon la borne sur laquelle on tombe, il faut un badge, une application, un abonnement, ou simplement une carte bancaire. Aucune règle commune ne s’impose vraiment, et c’est précisément le problème.

Un patchwork hérité de l’absence de norme commune

Chaque opérateur a construit son propre système d’authentification, le plus souvent par badge RFID propriétaire. Electra, Ionity, Engie Vianeo, IZIVIA, Allego, Sydego devenu Ouest Charge, EASYCHARGE : autant de réseaux, autant de manières différentes de déclencher une charge.

Certains ont fini par s’ouvrir au paiement direct par carte bancaire, à l’image des bornes faciles d’accès recensées secteur par secteur dans le département. D’autres restent verrouillés derrière une application ou un badge, parfois les deux à la fois.

Cette situation n’est pas un accident. Elle découle d’un déploiement fait dans l’urgence, réseau par réseau, opérateur par opérateur, sans cahier des charges technique partagé au départ. Le résultat, des années plus tard, c’est un usager qui doit parfois posséder trois ou quatre applications différentes sur son téléphone, et trois câbles différents dans son coffre, pour espérer recharger sereinement en traversant le département.

Une réglementation qui existe, mais qui peine à s’appliquer

La loi LOM de 2019 a posé un principe : l’usager occasionnel ne doit pas être prisonnier d’un abonnement pour recharger. Le règlement européen AFIR, entré en application le 13 avril 2024, est allé plus loin en imposant un terminal de paiement par carte bancaire sur toute borne de recharge rapide à partir de 50 kW.

Sur le papier, le problème devrait donc être réglé depuis deux ans. Dans les faits, le terrain raconte une autre histoire. Des bornes de plus de 50 kW continuent de fonctionner sans terminal physique, avec un simple QR code renvoyant vers une application, ou pire, avec un numéro de téléphone à composer pour activer la charge à distance. Aucune sanction visible n’accompagne ces manquements, et aucun contrôle systématique ne semble organisé à l’échelle du département.

Ce que font les pouvoirs publics en Loire-Atlantique

C’est là que le sujet devient le plus inconfortable. Des maires et des élus locaux se font interpeller chaque jour par des administrés mécontents, sans toujours avoir de réponse à apporter.

Le réseau Ouest Charge, exploité par Territoire d’énergie Loire-Atlantique (TE44, ex-SYDELA), est financé par l’impôt et présenté depuis 2016 comme l’outil d’un accès équitable à la recharge sur l’ensemble du département. Or, dans toute l’enquête menée secteur par secteur sur les bornes fiables et payables par carte bancaire, aucune borne Ouest Charge n’est jamais apparue dans la colonne des points qui fonctionnent.

Le Rapport de la Chambre Régionale des Comptes

Un rapport de la chambre régionale des comptes, publié en décembre 2022, a par ailleurs pointé un déficit chronique du service de recharge porté par TE44, alors encore appelé SYDELA. Le service public censé garantir l’équité territoriale est donc à la fois celui qui coûte le plus aux contribuables et celui dont la fiabilité est la plus régulièrement mise en cause par les usagers.

Le contraste est net avec les opérateurs privés. Electra, Ionity, Engie Vianeo ou le réseau Renault à Ancenis ont, eux, résolu cette question depuis plusieurs années, sans subvention publique dédiée à l’accès par carte bancaire.

Cela pose une question simple, qui dépasse le seul sujet technique des bornes : à quoi sert une politique publique de transition énergétique si le service qu’elle finance échoue précisément là où des acteurs privés réussissent ?

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