
Le Grand Éléphant ne sortira plus des Nefs avant le printemps. Depuis ce lundi 2 novembre, les voyages sont suspendus. L’animal des Machines de l’île entre dans sa deuxième maintenance décennale, une révision complète qui doit le remettre sur pattes pour dix ans, avant de fêter ses vingt ans le 30 juin 2027.
Le Grand Éléphant a parcouru 45000 km
Il en a besoin. Depuis 2007, il a parcouru plus de 45 000 kilomètres, effectué 50 000 voyages sur le Parc des Chantiers à Nantes et porté plus d’un million et demi de passagers. Au 1er novembre, ils étaient exactement 1 531 117 à être montés sur son dos, sur 10 161 653 visiteurs accueillis par les Machines de l’île depuis leur ouverture. Le cap des dix millions d’entrées a été franchi le 10 août dernier.
Quarante-huit tonnes et quatre cents kilos d’acier et de bois, douze mètres de haut, huit de large, vingt et un de long, soixante-deux vérins dont quarante-six hydrauliques : tout va être démonté. Chaque système sera ouvert, contrôlé, révisé ou remplacé. Le chantier se tient sur place, sous une tente de 300 m², avec une zone de stockage de 200 m² et l’atelier de 650 m² de la compagnie La Machine. Près de quatre mois de travail, 18 000 heures, 340 grandes opérations réparties entre une trentaine de métiers, du charpentier au dinandier, du sellier cordonnier à l’automaticien.
Le démontage occupe cette première semaine, jusqu’au 5 novembre
Novembre et décembre seront consacrés au travail pièce par pièce, sur l’hydraulique, l’automatisme et le moteur, mais aussi sur les arches et les réservoirs de la plateforme arrière, qui recevront une nouvelle peinture. Janvier sera le mois de la colorisation du bois, une technique artisanale qui ravive la teinte sans effacer le veinage. Remontage fin janvier, essais sur le Parc des Chantiers en février.
Le gros morceau, c’est le poitrail. Pour la première fois en vingt ans, toute la structure d’acier qui porte le cou, la tête, la trompe, les épaules et les pattes avant sera refaite à neuf. L’usure l’impose. Le vérin du cou, le plus gros de la machine, doit soulever d’un seul effort l’ensemble cou, tête et trompe, soit sept tonnes, et les torsions répétées ont fatigué ces « cervicales ». Le bois qui habille cette ossature sera récupéré, réparé, poncé puis recolorisé.
Le moteur change aussi. La décennale de 2017, menée de novembre 2017 à février 2018, avait déjà remplacé la motorisation thermique d’origine par un système hybride, diesel et batteries. Cette fois, le diesel électrique reçoit un filtre à particules pour répondre à la norme européenne Euro 5. Les batteries sont fabriquées en France.
Reste la peau. Tous les dix ans, l’enveloppe de bois sculpté, du tulipier de Virginie pour l’essentiel, du tilleul pour les défenses, les oreilles et la porte arrière, doit être intégralement reprise. Les soufflets aux commissures de la bouche seront remodelés sur un moule en contreplaqué pour retrouver souplesse et amplitude. Les ongles seront poncés, greffés, dotés de nouveaux fers. Pointes, frises et gargouilles des portes repassent au tour et à la gouge avant peinture et dorure. Les oreilles, enfin, recevront un cuir neuf, découpé sur mesure et riveté, acheté chez un fournisseur de la région. Les Machines de l’île disent étudier un cuir à tannage végétal et privilégier la réparation des pièces d’origine, comme les sabots ou le ventre, plutôt que leur remplacement.
L’opération coûte 1 134 000 euros
La motorisation et tout ce qui fait avancer la bête en absorbent 356 000, le bois, le cuir et les tissus 260 000, la mécanique et l’usinage, dont la reconstruction du poitrail, 208 000. Viennent ensuite l’hydraulique pour 83 000 euros, l’acier pour 79 000, l’électricité et l’automate, véritable cerveau de la machine, pour 75 000, la location de nacelles, grues et échafaudages pour 57 000. Douze entreprises de la région se partagent 98 % des achats, onze d’entre elles sont en Loire-Atlantique.
C’est Nantes Métropole, propriétaire de l’Éléphant, qui paie, par une subvention d’investissement versée au Voyage à Nantes, chargé de l’exploitation et de l’entretien courant. Les recettes perdues pendant l’arrêt et les éventuels dépassements resteront à la charge du budget des Machines de l’île.
Pendant la révision, le Carrousel des Mondes Marins et la Galerie des Machines restent ouverts, hors fermeture annuelle du site du 4 janvier au 5 février 2027. La réouverture aura lieu le samedi 6 février avec une nocturne. Des « visites flash » permettront alors de découvrir le chantier avec les médiateurs machinistes. Le Grand Éléphant reprendra la route le samedi 27 février 2027.
Visuel de Une et Vidéo : © Anne-Claire Monneraye




