Châteaubriant

Les Divas du Jazz, un festival pas vraiment féminin

Quand une collectivité territoriale se vante d'avoir inventé quelque chose qui existe depuis vingt ans ailleurs, et programme plus de 70 % d'hommes dans une manifestation qui se dit dédiée aux femmes, les questions méritent d'être posées.

La Communauté de Communes Châteaubriant-Derval l’affirme sur son site officiel, sans sourciller : les Divas du Jazz seraient « le premier festival français consacré aux voix féminines du jazz ». La formule est reprise sur les supports de communication, dans les communiqués de presse, dans les présentations aux élus. Elle est fausse. Doublement fausse.

Fausse d’abord historiquement

Le Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, né en 2001 à Paris de l’initiative de l’association L’Esprit Jazz, propose depuis ses premières éditions une série intitulée « Jazz au Féminin », devenue une tradition du festival parisien. C’est vingt et un ans avant la première édition castelbriantaise de 2022. Au Grès du Jazz, à La Petite-Pierre en Alsace, affiche depuis plusieurs années une programmation délibérément et majoritairement féminine. Femmes du monde, à Brioude en Haute-Loire, a tenu sa première édition en octobre 2025 avec une programmation 100 % féminine. Et WIZZ, jazz camp entièrement dédié aux musiciennes, porté par Jazz sous les pommiers à Coutances et Les Gémeaux, scène nationale de Sceaux, sur une initiative de la batteuse Anne Paceo, n’accueille que des femmes, en formation comme en intervention artistique.

Mais la seconde erreur est encore plus instructive, parce qu’elle se vérifie dans les propres documents officiels de la manifestation.

Ce n’est pas un festival de voix féminines

Regardons la programmation 2026 publiée par la communauté de communes de Châteaubriant-Derval, noir sur blanc. Sur quinze concerts annoncés sur trois jours, on relève : Thomas Mayeras Organ Trio, soit Thomas Mayeras à l’orgue Hammond, Gwen Cahue à la guitare, Alban Mourgues à la batterie, trois hommes. Sébastien Chauveau Jazz Trio, trois hommes. Blue Note Quintet, cinq hommes. Mister Clarinet, un homme seul. The Crescent Jazz Trio, Nicolas Gauthier, Julien Vinconneau, Xavier Normand, trois hommes. Nicolas Rousserie Trio, trois hommes. Le Westompers Jazz Band, ensemble à dominante masculine. Le Friday Night, jam session ouverte à tous les musiciens qui souhaitent monter sur scène.

Les voix féminines effectivement programmées se comptent sur les doigts d’une main : Kristel Adams, Leslie Lewis, Jody Sternberg, Mélodie Cambou. Quatre artistes féminines sur quinze concerts. Soit, au mieux, 27 % de la programmation.

On cherche les grandes voix féminines annoncées dans le titre. On trouve surtout des trios et quintets masculins qui servent de faire-valoir instrumental à quelques chanteuses invitées.

C’est une programmation jazz standard, avec des chanteuses en tête d’affiche et des musiciens hommes dans tous les groupes d’accompagnement, ce qui est d’ailleurs la norme dans le jazz traditionnel depuis un siècle. Rien de honteux là-dedans, mais rien non plus qui justifie la revendication d’une spécificité féminine inédite en France.

Le nom Divas du Jazz est un habillage

La réalité de la programmation le contredit chiffres à l’appui. Et la prétention d’avoir inventé quelque chose que Paris, l’Alsace, l’Auvergne et la Normandie pratiquent depuis des années en dit long sur la rigueur avec laquelle cette manifestation a été conçue, et sur la capacité de la collectivité qui la finance à en vérifier les fondements.

La semaine prochaine : qui a réellement créé les Divas du Jazz, et pour le compte de qui ?

Visuel de Une : Gribouillage, encre, crayon © Actu44

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