Pays de la Loire

Lucie Etonno à Christelle Morançais : « Madame la Présidente, où étiez-vous ? »

Jeudi 15 octobre, à l'ouverture de la session du conseil régional des Pays de la Loire, l'élue écologiste Lucie Etonno a salué la mobilisation des lycéens et reproché à Christelle Morançais son absence du terrain. La veille, la présidente avait écrit au recteur pour condamner les violences et annoncer une réouverture partielle du lycée Nelson Mandela.

La session s’est ouverte à 9 h 30, à l’Hôtel de Région, à Nantes. Les lycéens n’étaient pas à l’ordre du jour. Ils ont pourtant occupé les premières minutes de l’intervention de Lucie Etonno.

« Je suis fière, nous sommes fières de ces jeunes, lycéens et lycéennes qui se mobilisent depuis des semaines pour leur avenir », a lancé la conseillère régionale écologiste.

Une mobilisation menée, a-t-elle rappelé, aux côtés des professeurs, des parents d’élèves et des proviseurs, pour plus de moyens, plus d’égalité et pour les services publics, dans les cinq départements de la région.

Elle a tenu à remercier les chefs d’établissement restés aux abords des lycées pour assurer la sécurité. Pour l’élue, cette mobilisation obtenue en si peu de temps est « un signal fort ». « Vous nous donnez de l’espoir, de la motivation à poursuivre nos engagements », a-t-elle ajouté à l’adresse des jeunes.

« Où est la Région ? »

Puis le ton a changé. « Madame la Présidente, où étiez-vous ? » Lucie Etonno reproche à Christelle Morançais de parler des lycéens sans les avoir rencontrés, ni eux, ni leurs parents, ni les équipes éducatives.

« Dans toutes les AG, la même question est revenue : où est la Région ? Où est sa présidente ? » La réponse, elle la donne elle-même : « Dans son bureau, sur les plateaux télé. Pas sur le terrain. »

Anticipant les amalgames, l’élue a condamné les débordements survenus en marge du mouvement. « Nous dénonçons toutes les violences envers les personnels des lycées, les jeunes, les forces de l’ordre. Les dégradations des lycées. »

Elle refuse cependant que le débat s’arrête là, et accuse la présidente de répondre « avec mépris à la saine et juste colère des lycéens et lycéennes ».

La veille, une lettre au recteur

Mercredi 14 octobre, Christelle Morançais a écrit au recteur de l’académie de Nantes, Raphaël Muller. La présidente de Région y condamne « avec la plus grande fermeté » les dégradations commises contre les bâtiments et les équipements publics, ainsi que les violences et menaces visant les personnels de l’Éducation nationale et les agents régionaux des lycées.

Lycées dégradés et incendiés à Nantes : le préfet promet la fermeté, Johanna Rolland interpelle le Gouvernement

Elle s’attarde sur l’incendie du lycée Nelson Mandela, « d’une violence inouïe ». Le 1er octobre au matin, en marge des rassemblements lycéens, le feu était parti d’une poubelle avant de gagner la façade en bois, l’intérieur des locaux puis la toiture. Plusieurs salles de classe et des bureaux avaient été lourdement endommagés, sans faire de victime. Ce jour-là, neuf lycées avaient été dégradés à Nantes, dont trois incendiés.

Depuis le sinistre, les équipes régionales travaillent à sécuriser le site et à évaluer les dommages structurels. La Région mobilisera les moyens financiers nécessaires, écrit la présidente, et a demandé au Premier ministre un allègement des contraintes réglementaires pour accélérer les travaux.

Le lycée Mandela rouvre le 16 novembre ?

Une réouverture partielle, concernant la quasi-intégralité des salles de cours, est envisagée le lundi 16 novembre. Elle pourrait être décalée d’une semaine si de nouveaux aléas apparaissaient lors de la mise en sécurité de la partie sinistrée, et en fonction de la commission de sécurité. Pour la restauration et l’internat, des études complémentaires sont attendues. En attendant, 90 places ont été trouvées pour les internes dans Nantes.

« L’urgence n’est pas seulement immobilière. Elle est aussi éducative et psychologique », souligne Christelle Morançais, qui compte sur les services du rectorat pour accompagner le chef d’établissement dans l’organisation de la continuité pédagogique. Un webinaire destiné aux parents d’élèves était organisé par la Région le soir même, mercredi 14 octobre, à 18 h 30.

Ce que réclament les jeunes

Être lycéen aujourd’hui, quel rôle pour la Région ?

Donner des moyens, d’abord, et sur ce point la responsabilité de la collectivité est « énorme ». Mais les revendications vont plus loin, selon Lucie Etonno. Le retour de la promesse républicaine. La confiance dans l’école. Moins de stress et de sélection, avec la fin de Parcoursup. Davantage d’activités sportives et culturelles, de sorties hors les murs, des rythmes moins denses, des transports scolaires mieux adaptés et moins d’inégalités. « Le creusement des inégalités est insupportable, où est l’égalité des chances ? »

Lucie Etonno à Christelle Morançais : « Madame la Présidente, où étiez-vous ? »
Frédéric Yermia , insoumis et William Aucant, conseiller régional étaient présents le 6 octobre au Miroir d’eau pour soutenir les lycéens. © Alain Moreau

C’est ce qui explique, à ses yeux, que des élèves de lycées bien dotés et d’établissements privés aient rejoint le mouvement. Son groupe demande de donner la priorité aux investissements dans les lycées publics, avec davantage de moyens de fonctionnement.

L’élue regrette aussi le silence de la présidente sur les métiers de demain et sur l’intelligence artificielle, avec les crises qu’elle risque d’entraîner. « Aucun mot sur ces sujets ce matin dans votre discours. »

L’été comme révélateur

L’écologiste est revenue sur l’été qui vient de s’achever, dont le bilan est selon elle « lourd ». Les corps, la santé mentale, les infrastructures, la biodiversité, les sols, les forêts, les exploitations agricoles et les services publics en ont porté les conséquences.

Les élèves et les personnels ont souffert dans les établissements scolaires, et dans des logements « parfois transformés en véritables bouilloires thermiques ». La mortalité a progressé dans la région, a-t-elle relevé, même si les analyses mettront du temps à établir des liens précis. « Cette crise a surtout révélé l’impréparation collective. »

D’où ce reproche, adressé directement à l’exécutif sur le rapport d’orientations budgétaires (ROB), le document qui prépare le vote du budget 2027 : « Votre ROB aurait dû être un rapport d’orientation budgétaire climatique et social. »

« La doctrine Morançais »

La suite de l’intervention a visé la ligne budgétaire de la majorité. Faire moins. Moins de dépenses, moins de politiques publiques, moins de services publics. « La vérité, c’est que votre méthode est un échec. »

Couper dans le fonctionnement pour augmenter l’investissement ? L’augmentation encore annoncée il y a un an n’aura pas lieu, affirme Lucie Etonno, qui accuse la Région d’avoir reporté et sous-investi pendant dix ans dans les lycées et les trains. Quant aux 10 millions d’euros annoncés le matin même, « Ce ne sont pas 10 millions supplémentaires, simplement vous payez ce que vous devez ».

Couper dans le fonctionnement pour réduire la dette ? Là encore, l’élue conteste : le stock de la dette continue d’augmenter. Elle décrit une présidente coincée entre sa « bataille chimérique contre la dette de l’État » et son incapacité à aller chercher des recettes nouvelles.

« Votre méthode est une impasse, vous le savez. »

Sa conclusion est revenue aux lycéens : « Vous devriez écouter davantage les jeunes, et nos propositions. »

Visuel de Une : Lucie Etonno © Groupe l’Écologie Ensemble

Articles similaires