Châteaubriant

Margaux Pleyber tisse les fils de l’histoire familiale à la Galerie 29

Animal, on est mal, chantait Gérard Manset. Chez Margaux Pleyber, la vache de sa grand-mère et la chèvre de sa mère deviennent au contraire le point de départ des liens familiaux qu’elle tisse. L’artiste textile expose à la Galerie 29, rue de Couëré, à Châteaubriant.

Chez Margaux Pleyber, tout part de la matière. Rien n’est neuf. L’artiste textile ne travaille qu’avec ce qu’elle trouve ou ce que d’autres ont abandonné, et chaque objet garde la mémoire de ce qu’il a été. Le fil prend du relief, une branche se pare de coquillages. Vient ensuite la structure, la trame et la chaîne qui tiennent l’ensemble, comme les liens d’une famille tiennent une histoire. Pour entrer dans son univers, il faut accepter de regarder de près et prendre le temps que demande chaque geste.

À la Galerie 29, jusqu’au 26 décembre 2026

Margaux Pleyber étudie la tapisserie à l’école Duperré, école de mode parisienne. Elle en sort en 2018 avec un DMA Textile / Tapisserie. Malgré la mention très bien et les félicitations du jury, Margaux prend très vite ses distances avec ce milieu. « J’avais 18 ans. Je découvrais Paris. Je découvrais le milieu de la mode. Je me suis vite rendu compte que ça ne me plaisait pas, que ce n’était pas du tout ce que j’imaginais. » La technique, elle, la garde, à sa manière. « J’ai beaucoup aimé la tapisserie, mais j’ai aussi vite beaucoup aimé faire un peu n’importe quoi avec la technique de la tapisserie. Je suis artiste textile. »

Margaux Pleyber tisse les fils de l’histoire familiale à la Galerie 29
Tissage de la Lissière Margaux Pleyber

En 2022, elle obtient son diplôme des Beaux-Arts TALM d’Angers. Lissière, elle travaille le textile, la sculpture et l’installation. Ses matériaux sont uniquement trouvés ou abandonnés, et elle les associe à des gestes techniques précis, qui demandent un long travail. Répétition, reproduction, mémoire, réseaux : sa démarche tourne autour de ces notions. Ses tableaux tissés interrogent ainsi notre rapport au temps autant qu’à l’histoire de l’art.

L’œuvre grand format

Deux œuvres grand format occupent la première pièce au 29 de la rue de Couëré, à Châteaubriant. Elles vont ensemble. Margaux : « Ce sont deux œuvres qui partent d’histoires de famille. Je me dis que souvent, c’est la nature, le monde autour de nous, qui pousse à des gestes artistiques, créatifs, presque rituels. Des choses qu’on n’explique pas. »

À gauche en entrant, au mur, une vache occupe tout l’espace de la toile. Margaux Pleyber raconte l’histoire de sa grand-mère: « Il n’y avait pas de terre à l’époque. Ils allaient faire brouter les bêtes sur les communs, et il fallait retirer un enfant de l’école pour surveiller la bête. Ils ont retiré ma grand-mère, parce que c’était la fille. Elle avait 6 ans, elle avait très peur de la vache. » D’où cette vache qui prend presque toute la place. Margaux : « Je voulais qu’elle soit imposante, mais pas effrayante. Elle a un regard doux. »

Le souvenir de l’ennui domine :

« Ce que ma grand-mère disait surtout, c’est qu’elle s’ennuyait énormément. Les journées étaient très longues, la vache broutait pendant des heures. Alors elle prenait toutes les fleurs du champ et allait les planter dans des taupinières, pour fabriquer des sortes de gerbes. C’est du land art, en vrai. Mais c’est l’ennui qui créait. »

La seconde œuvre part de sa mère et d’une chèvre, gardée pendant des années, aujourd’hui morte. Margaux : « Ma mère aimait mettre des choses dans ses cornes, enfiler des trucs pour l’embêter. Et depuis des années, elle fabrique ces petites choses, avec des éclats de coquillages autour. Elle dit que c’est pour la chèvre. »

Avec son père, éloigné d’elle un moment, et empêché, il ne restait qu’un relation épistolaire simple. Le fil n’est pas rompu. En 2019, l’idée vient à Margaux de broder cette enveloppe adressée à son nom qu’elle reçoit dans sa boite aux lettres, écrite de la main de son père. À la Galerie 29, cette œuvre occupe toute la scène de la troisième salle de l’exposition visible jusqu’au 26 décembre 2026.

La pièce intermédiaire du parcours du visiteur offre une galerie dans la galerie, un pause drôle et colorée. Margaux Pleyber s’est amusé à glaner des œuvres de peintres du Dimanche, exclusivement des toiles  » à la façon de « , des copies tout à fait éloignées de l’original. Chaque œuvre d’amateur est fixée sur un fond représentant l’œuvre originelle.

« J’ai appelé ça des recopies, parce que ce ne sont pas des reproductions.

Ce qui m’intéresse, c’est la fuite en avant de ce qu’il se passe quand on ne sait pas forcément comment peindre, qu’on s’attaque à un chef-d’oeuvre. Ce n’est pas forcément pour se moquer. Je trouve que ce qui se dégage de cette tableau-là, c’est un truc qu’on éprouve tous en tant qu’artistes, de la recherche, de l’échec, de passer par le recopiage pour apprendre. »

Le fil conducteur que Margaux Pleyber tisse est bien sûr familial. Mais l’artiste s’attache également à la transmission. Sur le territoire de Châteaubriant, elle va à la rencontre des élèves de CM1, CM2 de l’école élémentaire Claude Monnet, ainsi que des sixièmes du collège de la  Ville au Roses.

« Ils vont tous dessiner. Les petits travaillent sur la question de l’animal. Chaque groupe classe choisit le sien : ils débattent de ses qualités, de son allure, et là, ils ont choisi un guépard. Ils le dessinent un peu à la Douanier Rousseau, l’animal dans la jungle. Ensuite, on coupe le dessin en autant de carrés qu’il y a d’enfants, et chacun tisse sa partie avant qu’on recompose l’ensemble.

Je repars des montages photographiques de David Hockney, qui photographie quelqu’un sous tous les angles puis recolle les images. Ce qui va être rigolo, c’est qu’ils vont tous prendre des couleurs, des formes un peu différentes. Recomposé en tapisserie, le dessin sera un peu construit, déconstruit. Il y aura un décalage, ce sera drôle.

Pour les collégiens, il fallait trouver une variante, d’autant que la prof me disait qu’à cet âge, les choix de groupe sont plus difficiles. Chacun choisit donc son personnage ou son animal et le tisse sur son petit carré, mais avec un fond vert de verdure commun.

Quand on remettra tout ensemble, ça fera une prairie un peu foutraque à la Bruegel, un champ plein de tout petits animaux. »

Ces ateliers s’inscrivent dans un parcours d’éducation artistique et culturelle, « Tisser la mémoire », mené en partenariat avec la Micro-Folie. Il est soutenu par la Drac Pays de la Loire et le Département de Loire-Atlantique, dans le cadre du projet culturel de territoire Châteaubriant-Derval.

« Les rayons différés d’une étoile », de Margaux Pleyber, à voir à la Galerie 29, 29 rue de Couëré à Châteaubriant, jusqu’au 26 décembre 2026.

Visuels : © Alain Moreau

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