À Saffré, une mesure réalisée en janvier 2026 a atteint 0,23 microgramme par litre de 1,2,4-triazole. La limite de qualité est de 0,10.
Ce n’est pas le seul dépassement relevé en Loire-Atlantique par Atlantic’eau, qui a rendu publics le 6 octobre dernier les résultats de quatre campagnes d’analyses menées sur ses ressources entre décembre 2025 et août 2026.
Une molécule sous surveillance
Le 1,2,4-triazole est un métabolite, autrement dit un produit de dégradation. Il provient de nombreux fongicides agricoles de la famille des azolés, comme le tébuconazole ou le difénoconazole, mais aussi de certains médicaments antifongiques. Persistantes, ces molécules finissent par gagner les nappes et les eaux de surface où l’on puise l’eau du robinet.
Leur présence dans l’environnement est par ailleurs associée à l’apparition de résistances aux antifongiques chez certains champignons pathogènes. En 2025, l’Anses a classé le 1,2,4-triazole comme « métabolite pertinent » et fixé sa limite de qualité à 0,10 µg/L dans l’eau potable.
L’Agence régionale de santé des Pays de la Loire, elle, ne le recherche pas. La molécule ne figure pas dans son programme de contrôle sanitaire obligatoire. Atlantic’eau a donc lancé ses propres analyses, sur les eaux brutes comme sur les eaux traitées, confiées à un laboratoire accrédité Cofrac. Pour vérifier la fiabilité des résultats, le syndicat a aussi fait analyser de l’eau pure dans laquelle des quantités connues de la molécule avaient été ajoutées.
Trois situations sur le territoire
Rien n’a été détecté dans l’eau produite à Saint-Gildas-des-Bois, Nort-sur-Erdre et Vallons-de-l’Erdre (Saint-Sulpice). Ailleurs, la norme est respectée, parfois de peu : jusqu’à 0,082 µg/L à Ancenis, soit 82 % du seuil, 0,078 à Basse-Goulaine, 0,062 à Soulvache, 0,06 à Machecoul et 0,055 à Saint-Mars-du-Désert.
Trois sites ont connu des dépassements ponctuels. Saint-Michel-Chef-Chef a enregistré 0,11 µg/L en janvier 2026, Massérac 0,14 en avril. Saffré cumule trois dépassements : 0,12 en décembre 2025, 0,23 en janvier 2026, puis 0,11 en avril.
À partir d’octobre, le suivi devient mensuel sur l’ensemble des ressources. Atlantic’eau veut aussi remonter à l’origine de cette présence.
Pour donner un ordre de grandeur, le syndicat cite les travaux du Laboratoire européen de référence. Le 1,2,4-triazole a été retrouvé dans 75 % des laits du commerce, à 14 µg/kg en moyenne et jusqu’à 19, ainsi que dans 23 % des jus de fruits, à 13 µg/kg en moyenne et jusqu’à 17.
Des traitements sans prise
Le charbon actif, même neuf, ne retient pas la molécule. L’osmose inverse n’offre qu’une efficacité partielle, pour des coûts d’investissement et de fonctionnement que le syndicat juge prohibitifs. Surtout, elle fait perdre 10 à 20 % de l’eau pompée. Or l’étude sur la ressource publiée fin 2025, dans le cadre du schéma départemental de sécurisation de l’alimentation en eau potable, impose au territoire de réduire de 10 % sa consommation d’ici 2035. Atlantic’eau pose donc la question : comment sacrifier jusqu’à un cinquième de l’eau prélevée dans des traitements insuffisants, tout en économisant 10 % ?
Pour le syndicat, la seule voie reste la protection des captages en amont. À Ancenis, Basse-Goulaine ou Soulvache, les valeurs frôlent la norme. Il est encore temps, estime Atlantic’eau, de stopper la hausse des concentrations, chaque année perdue rendant le retour en arrière plus difficile.
Une proposition de loi pour interdire les pesticides autour des captages d’eau potable
Mickaël Derangeon, vice-président d’Atlantic’eau, le disait déjà en janvier, lors de la présentation de la proposition de loi du député Jean-Claude Raux visant à interdire les pesticides dans les aires d’alimentation des captages :
« Nous courons sans cesse derrière de nouvelles molécules et derrière les technologies pour les éliminer. » Il ajoutait : « Les dizaines de molécules de pesticides autorisées aujourd’hui génèrent des centaines de métabolites qui ne sont pas recherchés mais qui ont un impact sur notre santé. » Le 1,2,4-triazole en est un exemple. L’ARS ne le cherche pas, Atlantic’eau l’a trouvé.
Une motion votée à l’unanimité
Reconduit à la présidence, Frédéric Millet a soumis au nouveau comité syndical, qui représente 148 communes, une motion adoptée à l’unanimité le 26 juin 2026. Le texte exige une eau brute exempte de toute molécule ayant un impact potentiel sur la santé.
Il privilégie le non-usage des produits contenant des micropolluants, qu’ils soient d’usage agricole, industriel, communal ou domestique, avec une application graduée selon les zones de captage.
Atlantic’eau y réclame les outils réglementaires et financiers nécessaires pour permettre aux exploitations agricoles d’évoluer vers le « zéro pesticide » lorsque c’est nécessaire, en échange de compensations. La motion fixe enfin un plafond de 0,10 µg/L pour tout pesticide et ses métabolites, pertinents ou non, et vise à se rapprocher du niveau guide de 25 mg/L de nitrates dans l’eau distribuée.
Visuel de Une : © Raimonds Konrads




