
Meryem Zerhouni : la riposte au corps.
Dans une salle associative, quelque part en Bretagne, dans une maison de quartier à Nantes ou à la faculté du Mans, ce jour-là, Meryem Zerhouni enseigne ce que des décennies de conditionnement ont tenté d’effacer : la légitimité pour les femmes* de se défendre. Animatrice en autodéfense féministe Riposte, Meryem Zerhouni transmet bien plus que des techniques de combat. Elle réveille une puissance enfouie.
« Se défendre est d’abord une démarche psychologique », martèle-t-elle. Dans ses ateliers, pas de chorégraphies martiales spectaculaires ni de promesses de transformation en guerrière invincible. Juste des gestes simples, efficaces, adaptés à la morphologie féminine. Des mouvements qui ne nécessitent aucun entraînement préalable mais qui, répétés dans l’urgence du jeu de rôle, deviennent des réflexes salvateurs.
La méthode Riposte qu’elle a adoptée plonge ses racines dans les luttes féministes des années 1970. Son histoire commence avec un drame : le meurtre de Kitty Genovese, poignardée à New York en 1964 sous les fenêtres de dizaines de témoins, chacun comptant sur l’autre pour appeler la police. De cette tragédie naîtra au Québec, dans les années suivantes, le Wendo, puis le Femdochi, puis le Seito Boei à Vienne. Autant de techniques d’autodéfense pensées par des femmes, pour des femmes, loin des codes virils des arts martiaux traditionnels.
Meryem vit à Châteaubriant
Elle est arrivée, il y a une vingtaine d’années, elle a été étudiante à l’IFSI, l’institut de formation en soins infirmiers de Châteaubriant, a pratiqué quelques temps son métier, puis a eu deux enfants.
Depuis longtemps, elle s’est construite, et en tant que femme, elle sait qu’il faut se battre au quotidien pour défendre ses droits, ses acquis et parfois sa vie. Elle a choisi de transmettre à d’autres femmes, les moyens d’avoir un autre regard sur les agressions et leurs auteurs.
Dans les stages de Meryem, on apprend à crier, à frapper, à se dégager. Mais aussi à dire non, à poser ses limites au quotidien, à nommer ses besoins. L’autodéfense verbale côtoie l’autodéfense physique. Entre deux exercices, les participantes partagent leurs expériences, leurs réussites, leurs peurs. Elles sortent de l’isolement, questionnent les stéréotypes de genre, tissent de la solidarité.
« Le but n’est pas de rentrer dans une bagarre, mais de faire cesser l’agression », précise Meryem lors des stages qu’elle prodigue un peu partout dans le Grand Ouest.
Riposte Ouest n’est pas anti-hommes, insiste-t-elle, mais anti-agresseurs, anti-harceleurs, anti-sexistes. L’objectif : sortir les femmes du rôle de victime ou potentielle victime pour les replacer au centre de leur propre sécurité.
Lors de ses ateliers, Meryem Zerhouni incarne la transmission d’un héritage féministe trop souvent méconnu. Celui qui rappelle que l’autonomie ne se mendie pas, elle se conquiert. Un coup de poing à la fois.
Une approche globale en trois dimensions
La méthode Riposte repose sur une triple approche qui allie le corps, la parole et l’esprit, dans une perspective d’empouvoirement plutôt que de contrôle des victimes.
L’autodéfense mentale et émotionnelle
Avant toute technique physique, Meryem Zerhouni travaille sur la légitimité et la confiance. Les participantes explorent trois convictions fondamentales : « J’ai le droit de me défendre, je peux me défendre et j’écoute mon corps et ses signaux. » Les ateliers déconstruisent les représentations médiatiques dominantes qui montrent les femmes comme victimes passives, et introduisent la notion cruciale de « riposter » plutôt que « se débattre ».
La ligne de justice et l’intuition sont des outils clés : apprendre à reconnaître quand une limite est franchie, à faire confiance à ses sensations d’inconfort. Les histoires de réussite partagées entre participantes renforcent la conviction que la défense est possible. L’accent est mis sur « ce que je peux faire » plutôt que sur les impossibilités, sortant ainsi de la logique de contrôle des comportements féminins qui caractérise la prévention dominante.
L’autodéfense verbale
La dimension verbale et non verbale constitue le premier rempart. Les femmes s’entraînent à poser des limites claires grâce à des outils de communication spécifiques, à nommer leurs besoins et leurs frontières personnelles. Les exercices permettent de faire cesser des situations d’inconfort, d’abus ou de danger avant qu’elles ne dégénèrent. Cette approche valorise la communication assertive comme technique de défense à part entière.
L’autodéfense physique : les armes corporelles
La dimension physique privilégie des gestes simples et immédiatement efficaces, adaptés à la morphologie féminine. Les « armes corporelles » enseignées sont accessibles à toutes.
Ces techniques sont complétées par la visualisation et la pratique mentale, permettant d’ancrer les réflexes sans nécessiter un entraînement physique intensif préalable.
Une philosophie de l’action
L’ensemble de ces techniques vise non pas à rentrer dans une bagarre, mais à faire cesser l’agression rapidement. Elles replacent les femmes comme actrices de leur propre sécurité, brisant la spirale de la victimisation et construisant une solidarité collective face aux violences.
Dans les cartons, plein de projets pour les mois à venir. Meryem se forme pour adapter ses cours à d’autres publics que sont les enfants et les adolescents. Affaire à suivre.
Riposte Ouest, meryem.autodefense [@] protonmail.com
* Femmes cis et trans et personnes non binaires en tant que catégories sociales ciblées par des agressions spécifiques.