
C’est un rituel républicain, mais il n’est jamais tout à fait anodin. Vendredi matin, les 98 conseillers métropolitains nouvellement élus à l’issue du second tour des municipales du 22 mars dernier se sont réunis pour la première séance plénière du conseil de Nantes Métropole. À son terme, Johanna Rolland, maire de Nantes, a été reconduite pour un troisième mandat consécutif à la présidence de l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) qui regroupe les 24 communes de l’agglomération nantaise.
Une majorité de gauche confirmée, un territoire recomposé
Le résultat du scrutin communautaire ne souffre pas d’ambiguïté : une majorité de gauche se dégage clairement au sein de l’assemblée. Johanna Rolland l’a rappelé dès son discours d’investiture, y voyant à la fois « une exigence démocratique » et « une condition de stabilité pour se mettre au travail sans attendre ».
Mais cette clarté arithmétique coexiste avec une réalité territoriale plus nuancée. Plusieurs communes ont basculé à droite lors de ces élections, modifiant sensiblement l’équilibre politique de l’intercommunalité. C’est dans ce contexte que la présidente a fait un geste inédit dans son parcours à la tête de la métropole : tendre la main aux maires issus de sensibilités différentes, qu’ils se revendiquent indépendants, de droite ou du centre.
Une ouverture à l’exécutif, sous conditions
La démarche, présentée comme un acte de transparence, repose sur deux conditions non négociables : le vote du budget métropolitain et le respect du projet porté par la majorité devant les électeurs. Dans ce cadre, Johanna Rolland a proposé des postes de vice-présidents à des élus situés hors de sa majorité traditionnelle. Le groupe des maires indépendants a accepté cette offre de participation à l’exécutif.

Vingt vice-présidents ont ainsi été élus, couvrant un spectre de compétences étendu : finances et aéroport (Bertrand Affilé, maire de Saint-Herblain), habitat et santé (Agnès Bourgeais, maire de Rezé), mobilités (Simon Citeau), transition écologique et justice climatique (Marie Vitoux), logement social (Christophe Jouin), ou encore tourisme, numérique et relations internationales (Francky Trichet), pour ne citer que quelques-unes des délégations attribuées. Du côté de l’opposition, Foulques Chombart de Lauwe, tête de liste des Républicains lors des municipales nantaises, siège désormais au conseil métropolitain parmi les représentants de Nantes.
Par ailleurs, la présidence de la commission des finances a été proposée à un élu de la minorité, en sus de celle des affaires générales et du personnel, déjà confiée à un représentant minoritaire lors du précédent mandat.
Renforcer la conférence des maires : un engagement unanimement salué
L’un des engagements les plus immédiatement concrets pris par Johanna Rolland concerne la gouvernance des maires eux-mêmes. Elle a annoncé vouloir renforcer le rôle de la conférence des maires, instance de dialogue entre les exécutifs communaux et métropolitain, et s’est donné jusqu’à l’été pour en retravailler collectivement le fonctionnement. Fait notable : cet engagement a été accepté à l’unanimité des 24 maires, toutes sensibilités confondues.
Vingt-cinq ans d’intercommunalité : un bilan revendiqué
Le discours d’investiture a également été l’occasion d’un retour sur un quart de siècle d’action métropolitaine. Depuis l’installation du premier conseil communautaire, il y a vingt-cinq ans presque jour pour jour, la métropole a profondément transformé le quotidien de ses habitants : développement du réseau de tramway et du Busway, création de centaines de kilomètres de pistes cyclables, construction du pont Léopold Sédar Senghor entre Nantes et Saint-Sébastien-sur-Loire, modernisation du marché d’intérêt national, nouvelle usine de l’eau, ou encore réaménagement de la quasi-totalité des centres-bourgs des communes membres.
« Sans la métropole, pourrions-nous aller jusqu’à Vertou en Busway ? », a interrogé Johanna Rolland, dans un exercice de pédagogie politique assumé. La rhétorique est rodée, mais elle répond à une critique persistante : celle d’une intercommunalité perçue comme lointaine, technocratique, peu lisible pour le citoyen ordinaire.
Les quatre chantiers du nouveau mandat
La présidente a esquissé quatre axes prioritaires pour la mandature qui s’ouvre :
La transition écologique, d’abord, avec l’impératif de garantir l’« habitabilité » du territoire face au changement climatique, en repensant l’aménagement, les mobilités et le modèle de développement.
La santé et la qualité de vie, ensuite. La métropole entend affirmer davantage son rôle dans les déterminants de santé des habitants, en articulant politiques de l’eau, biodiversité, cohésion sociale et cadre de vie.
L’économie, troisième pilier, avec la volonté de préserver un des taux de chômage les plus faibles des grandes métropoles françaises, tout en accompagnant les transitions industrielles et en soutenant la recherche et l’enseignement supérieur.
La proximité, enfin, érigée en priorité politique centrale. « L’enjeu aujourd’hui n’est plus de montrer les muscles d’une métropole en compétition permanente, mais bien de faire advenir une métropole soutenable, stratège et comprise », a déclaré Johanna Rolland, résumant en une formule l’évolution de doctrine qu’elle entend imprimer à son mandat.
Une métropole qui cherche à se réinventer
Ce conseil d’installation donne le ton d’une mandature qui s’annonce moins tournée vers les grands projets emblématiques que vers une action publique de terrain, attentive aux réalités vécues, soucieuse de justice spatiale entre les territoires et les communes. En creux, c’est aussi une réponse aux critiques adressées au « fait métropolitain » en France : perte de proximité, déficit démocratique, complexité institutionnelle.
Johanna Rolland en convient elle-même : « notre intercommunalité est une réussite à parfaire. Elle est imparfaite, mais incontournable. » Une formule qui résume assez bien l’état d’esprit dans lequel s’ouvre ce troisième mandat : lucide sur les limites du modèle, déterminé à en corriger les rigidités, et convaincu que la coopération intercommunale reste, malgré tout, le levier le plus efficace pour répondre aux défis contemporains.
Nantes Métropole regroupe 24 communes et près de 650 000 habitants. Son bureau métropolitain est composé de la présidente, de 20 vice-présidents et de 44 élus métropolitains.
Les 20 vice-présidents de Nantes Métropole
Huit femmes siègent parmi les vice-présidents : Agnès Bourgeais (2e, habitat et santé), Laure Beslier (4e, voirie, espace public et contrats territoriaux), Hélène Hazlewood (8e, tourisme de proximité), Marie Vitoux (10e, justice climatique, qualité de l’air et énergies), Aïcha Bassal (12e, ressources humaines et dialogue social), Aziliz Gouez (14e, enseignement supérieur, recherche et Europe), Delphine Bonamy (16e, foncier, sécurité alimentaire et biodiversité) et Mahel Coppey (18e, déchets, économie sociale et circulaire).
Douze hommes complètent l’exécutif : Bertrand Affilé (1er, finances, affaires générales et aéroport), Anthony Descloziers (3e, urbanisme et développement économique), Anthony Berthelot (5e, proximité et relation aux communes), Fabien Gracia (6e, grand cycle de l’eau et budget vert), Emmanuel Terrien (7e, sport et équipements sportifs), Olivier Chateau (9e, équipements culturels et patrimoine), Robin Salecroix (11e, politique de l’eau et assainissement), Simon Citeau (13e, mobilités), Pierre Quénéa (15e, politique de la ville et emploi), Francky Trichet (17e, tourisme, numérique et relations internationales), Thomas Quéro (19e, étoile verte et végétalisation) et Christophe Jouin (20e, logement social et droit au logement).
L’exécutif compte ainsi 8 femmes (40 %) pour 12 hommes (60 %).
Visuels © Ludovic Failler-Nantes Métropole.




