Loire-Atlantique

Pillages du 17 octobre : le préfet interdit les attroupements la nuit à Nantes, Saint-Herblain et Saint-Nazaire

Après les pillages et les dégradations du 17 octobre, le préfet de Loire-Atlantique interdit les attroupements de 21 h à 6 h dans le centre de Nantes, à Atlantis et dans deux zones commerciales de Saint-Nazaire. Les élus insoumis dénoncent des arrêtés liberticides et mettent en cause le maintien de l'ordre.

Trois jours après les violences qui ont suivi la manifestation du 17 octobre, la préfecture de Loire-Atlantique durcit le ton.

Un arrêté signé ce mardi 20 octobre 2026 interdit tout attroupement de 21 h à 6 h dans le centre-ville de Nantes, sur la zone commerciale d’Atlantis à Saint-Herblain et sur celles du Ruban Bleu et d’Océanis à Saint-Nazaire. La mesure s’applique dès ce mardi soir et jusqu’au samedi 24 octobre à 6 h.

Signé par délégation par Christophe Carol, sous-préfet et directeur de cabinet du préfet Laurent Hottiaux, le texte vise les attroupements au sens de l’article 431-3 du Code pénal.

Les terrasses autorisées n’entrent pas dans son champ. Les files d’attente devant les commerces, les établissements culturels et sportifs, les restaurants et les débits de boissons non plus. La préfecture assure que les habitants pourront continuer de circuler librement.

Une journée de mobilisation qui a basculé en soirée

Le 17 octobre, la mobilisation contre la vie chère a rassemblé de 20 000 à 50 000 personnes à Nantes selon les sources. Lycéens, étudiants, salariés et gilets jaunes ont défilé autour de revendications sur les salaires, le pouvoir d’achat, l’éducation et les services publics. Tout a dérapé en fin de journée, autour de la place du Commerce.

Peu avant 18 h, des pilleurs ont investi la Fnac de la place du Commerce. D’autres enseignes ont suivi, dont Foot Locker, Uniqlo et Courir. Chez Happy Cash, un feu a même été allumé.

Lundi, le préfet a évoqué une trentaine de commerces saccagés ou vandalisés. À l’hôtel de ville, les casseurs ont fracassé les vitres et pénétré jusqu’au hall d’accueil, où ordinateurs et mobilier ont été saccagés. Des bâtiments de la préfecture ont également été pris pour cible. Les forces de l’ordre ont procédé à 31 interpellations.

L’arrêté parle de plusieurs milliers d’éléments radicaux auteurs de dégradations, et d’autant de personnes livrées au pillage, parfois plusieurs heures après la dispersion du cortège.

Atlantis, Ruban Bleu et Océanis également visés

La nuit n’a pas ramené le calme. Dimanche 18 octobre, une vingtaine d’individus cagoulés ont tenté de forcer l’entrée du magasin Boulanger de la zone d’Atlantis, à Saint-Herblain. Il a fallu l’intervention des forces mobiles pour les en empêcher.

Saint-Nazaire a connu un scénario comparable. Près de 2 000 personnes s’y sont rassemblées samedi. Environ 400 d’entre elles, selon la préfecture, ont ensuite gagné le centre commercial du Ruban Bleu et tenté de piller des boutiques, jusqu’à ce que les forces de l’ordre interviennent. Dans la nuit du samedi au dimanche, une vingtaine d’individus cagoulés ont tiré des mortiers d’artifice depuis le parking de l’hypermarché Auchan d’Océanis. Ils s’en sont ensuite pris à la porte de la Fnac, avant de s’enfuir à l’arrivée de la police.

Des périmètres délimités rue par rue

À Nantes, la zone concernée couvre l’hypercentre. Elle est bornée au nord par la rue Dugommier, la rue de Budapest, la place Bretagne et l’allée des Tanneurs, à l’est par la rue de Strasbourg, au sud par l’allée de l’Île-Gloriette et le cours John-Kennedy, à l’ouest par les rues Fourcroy, Piron et Franklin. À Saint-Herblain, elle s’étend entre la rue Océane, le périphérique intérieur, le boulevard Salvador-Allende et l’avenue Jacques-Cartier. Les deux zones nazairiennes figurent sur les plans annexés à l’arrêté.

La préfecture justifie la mesure par le nombre de commerces à protéger sur une surface réduite, la multiplicité des accès et la posture Vigipirate « vigilance renforcée ». Les mesures seront réexaminées chaque jour. Une réévaluation est prévue en fin de semaine, avec la possibilité de renforcer le dispositif. Le préfet recevra jeudi les commerçants touchés.

Les élus insoumis mettent en cause le préfet

La réponse de l’État ne fait pas l’unanimité. Dans un communiqué commun publié lundi 19 octobre, cinq élus insoumis demandent que toute la lumière soit faite sur le maintien de l’ordre. Il s’agit de Ségolène Amiot, Matthias Tavel et Andy Kerbrat, députés LFI de Loire-Atlantique, de William Aucant, conseiller régional et président du groupe La Nouvelle Nantes, Insoumis et Citoyens, au conseil municipal de Nantes, et d’Erika Cadersah, présidente du même groupe au conseil de Nantes Métropole.

Eux comptent 50 000 à 60 000 manifestants à Nantes. Ils déplorent les dégradations et disent leur solidarité avec les habitants, les agents municipaux, les salariés et les petits commerçants touchés. L’État, estiment-ils, doit accompagner les victimes et réparer les préjudices. Mais cette journée « très largement pacifique » ne peut, pour eux, être effacée par ce qui a suivi.

Les signataires dénoncent un emploi massif de gaz lacrymogènes avant même le départ des cortèges. Place Foch, des milliers de manifestants se seraient retrouvés nassés dans une foule très dense, sous des tirs « nourris et constants », sans raison particulière à leurs yeux. Ils demandent au préfet Laurent Hottiaux de rendre compte publiquement de ses décisions et réclament des enquêtes sur les violences policières. « La question de sa responsabilité dans la conduite du maintien de l’ordre se pose », écrivent-ils.

Ils refusent aussi tout amalgame entre manifestants pacifiques et auteurs de violences, comme toute stigmatisation des jeunes des quartiers populaires. Les interdictions, elles, ne feront selon eux « que jeter de l’huile sur le feu ». Les élus annoncent qu’ils s’attaqueront à ces arrêtés, qu’ils jugent liberticides, et pressent le gouvernement de répondre aux revendications sur l’éducation, les salaires, le pouvoir d’achat et les services publics.

L’arrêté expire samedi 24 octobre à 6 h. Le même jour, des organisateurs appellent à une nouvelle journée de mobilisation nationale, présentée comme un « acte II ». Une grève intersyndicale est par ailleurs prévue le 5 novembre.

Visuel de Une : © Quentin

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