Loire-Atlantique

Les sites institutionnels de Loire-Atlantique ne connaissent pas l’écoconception ni la sobriété écologique

Sept sites institutionnels de Loire-Atlantique viennent d'être passés au crible de l'EcoIndex, l'outil de référence développé par l'association Green IT pour mesurer l'empreinte environnementale du numérique. Le constat est sévère : aucun des sites testés n'atteint la moyenne, et la plupart affichent des notes F ou E, sur une échelle qui va de A à G.

L’EcoIndex calcule un score sur 100, converti en note de A à G, à partir de trois indicateurs techniques : le poids des données transférées lors du chargement d’une page, la complexité mesurée par le nombre d’éléments du DOM, et le nombre de requêtes serveur nécessaires à l’affichage.

Ce que mesure l’EcoIndex

Le DOM (Document Object Model) désigne la structure de la page telle que le navigateur la construit pour l’afficher : chaque titre, chaque image, chaque bouton, chaque bloc de texte y compte comme un élément distinct. Plus une page comporte d’éléments, plus le navigateur doit fournir de travail pour l’afficher, et plus elle consomme de ressources.

Ces trois facteurs sont ensuite traduits en empreinte environnementale concrète, exprimée en émissions de gaz à effet de serre et en consommation d’eau bleue, cette dernière correspondant à l’eau nécessaire à l’extraction et au raffinage des métaux entrant dans la fabrication des équipements informatiques.

Les cibles fixées par l’outil sont claires : un poids de page de 1,024 Mo maximum, 600 éléments DOM au plus, et 40 requêtes serveur.

Aucun des sept sites testés en Loire-Atlantique ne respecte ces trois seuils simultanément.

Les résultats, site par site

L’Office de tourisme de Châteaubriant-Derval affiche la page la plus lourde de tous les sites testés, 29,849 Mo, soit près de trente fois la cible recommandée, pour un score de 26/100 et une note E.

Sobriété numérique des sites de Loire-Atlantique
Le site de l’Office de Tourisme de Châteaubriant-Derval

La mairie de Châteaubriant suit avec 7,324 Mo, une note E également et un score de 40/100, porté par une structure de page pourtant simple, 637 éléments DOM seulement, en dessous même de la cible.

La Communauté de communes Châteaubriant-Derval obtient le score le plus faible de ce sous-ensemble local avec 23/100, note F, et le record de complexité relevé sur l’ensemble des sites testés, 2 322 éléments DOM.

Du réchauffement climatique et de l’impôt qui pourraient être évités

À l’échelle départementale et métropolitaine, Nantes Métropole s’en tire un peu moins mal avec un score peu glorieux de 40/100 et une note E, pour une page de 1,492 Mo. Le site affiche lui-même un lien « Éco-conception » dans son pied de page, ce qui signifie que la collectivité communique sur une démarche d’écoconception tout en obtenant cette note E. À croire que les commanditaires en sont fiers. C’est exactement le genre de contradiction qui interroge sur la responsabilité des élus.

Le Département de Loire-Atlantique obtient 28/100, également en E, avec une page de 3,056 Mo

Deux structures culturelles et touristiques complètent le tableau avec les plus mauvais résultats globaux : Le Voyage à Nantes, 17/100, note F, et mixt.fr, 18/100, note F, ce dernier avec une page de 31,613 Mo, la plus lourde de toute la série tous secteurs confondus.

Mixt et l’accessibilité qui se voit

Pour Le Voyage à Nantes, ce mauvais score environnemental s’ajoute à un constat déjà dressé sur ce site à propos de l’accessibilité : une déclaration d’accessibilité numérique publiée par la SPL elle-même y admettait seulement 43 % de conformité au RGAA, quand un audit automatisé indépendant mesurait un score de 0 %, avec des liens d’activités volontairement masqués aux technologies d’assistance. Poids excessif, lenteur de chargement et exclusion numérique des personnes handicapées dessinent, pour ce site, le portrait d’une vitrine pensée pour l’image plutôt que pour l’usage.

Une question de responsabilité publique

À l’heure où l’intelligence artificielle généralise ses usages dans les administrations et où les data centers qui la font tourner consomment eau et électricité à une échelle sans précédent. Les mêmes collectivités qui multiplient les opérations de débitumisation, de renaturation et de végétalisation pour lutter contre les îlots de chaleur affichent, sur leur propre présence numérique, un désintérêt total pour l’empreinte environnementale du poste informatique.

Débitumer un parking pour planter des arbres et laisser filer un site institutionnel à trente fois le poids recommandé relèvent pourtant de la même politique publique, celle de la sobriété. L’une se voit sur le terrain, l’autre reste invisible pour l’élu comme pour l’administré, ce qui explique sans doute pourquoi la seconde n’est jamais traitée avec la même urgence que la première.

Ces chiffres ne relèvent pas du détail technique réservé aux développeurs

Chaque visite sur ces sites consomme de l’électricité, sollicite des data centers, et repose sur des équipements dont la fabrication a nécessité l’extraction de métaux et une consommation d’eau significative.

Pour 1000 visites mensuelles, l’EcoIndex évalue par exemple l’empreinte de la page de la mairie de Châteaubriant à 33 litres d’eau et 2,2 kg de CO2e, et celle de l’Office de tourisme à 37,2 litres d’eau et 2,48 kg de CO2e. Rapportées à l’audience réelle de ces sites, souvent bien supérieure à 1000 visites mensuelles, ces empreintes se multiplient d’autant.

La sobriété numérique n’est plus un sujet marginal

Les collectivités territoriales sont des employeurs publics, des donneurs d’ordre, et des vitrines de l’action publique locale. Quand un site institutionnel affiche une note F sur un outil gratuit, accessible en quelques clics, et que cette situation perdure sans qu’aucune action corrective ne soit engagée, la question de la responsabilité des élus se pose légitimement.

Un site lourd, mal optimisé, n’est pas seulement un problème d’expérience utilisateur ou de référencement, c’est un choix, ou une absence de choix, qui a un coût environnemental mesurable et qui engage la collectivité qui l’édite.

L’écoconception web repose sur des principes documentés et accessibles : optimisation des images, limitation des vidéos et fonds animés, réduction du nombre d’éléments à l’essentiel, approche mobile first, limitation des widgets et plugins tiers, recours aux polices standards plutôt qu’à des polices personnalisées.

Aucune fatalité technique ne justifie ce constat

Les services de l’État, dont la DINUM, fournissent gratuitement des référentiels d’écoconception, peu coûteux à déployer lorsqu’on fait appel à un prestataire externe pour les mettre en œuvre. Compresser les images, réduire le nombre d’éléments sur la page ou différer le chargement des scripts non essentiels ne relève pas d’un chantier hors de portée d’une collectivité. Plusieurs mois après un premier constat, l’absence de correction relève donc moins d’une contrainte budgétaire que d’un choix de priorités.

Aucun de ces principes ne relève de la prouesse technique. Leur absence, en revanche, interroge sur la manière dont les cahiers des charges des refontes de sites institutionnels sont rédigés, et sur la place qu’y occupe, ou non, la dimension environnementale.

Cette série de tests se poursuivra sur d’autres sites institutionnels du département, afin de construire une base de comparaison plus large et d’objectiver la tendance observée sur ce premier échantillon.

Et Actu44.fr dans tout cela ?

Et Actu44.fr dans tout cela ? La question mérite d’être posée franchement, avant qu’on ne nous la pose. Sans agence, sans service communication, sans budget dédié à l’écoconception, Actu44.fr obtient un score EcoIndex de 76/100, note B, avec une page de 0,521 Mo, 378 éléments DOM et 23 requêtes seulement.

Un classement dans le premier sixième des sites analysés par l’outil, loin devant l’ensemble des sites institutionnels testés dans cette série.

Aucune obligation réglementaire ne pèse sur un pure-player local comme Actu44.fr, contrairement aux collectivités soumises au RGESN. Et pourtant, c’est précisément là que la démonstration prend tout son sens : si un éditeur indépendant, sans moyens comparables à ceux d’une collectivité, parvient à ce niveau de sobriété, l’argument du manque de ressources ne tient plus pour des structures publiques dotées de services informatiques, de prestataires et de budgets dédiés au numérique.

À titre de comparaison, la page d’accueil de l’Office de tourisme Châteaubriant-Derval pèse 29,849 Mo, contre 0,521 Mo pour Actu44.fr, soit près de 60 fois plus lourde.

Et pendant que cette page reste figée des mois durant, Actu44.fr publie du contenu nouveau chaque jour. Le poids d’une page ne se justifie pas par la richesse du contenu qu’elle propose, il trahit le plus souvent l’absence d’optimisation de ce contenu.

Visuel de Une : © Taylor Vick

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