
Alain Hunault, Maxime Hupel : lequel lave plus blanc ?
À la veille du premier tour des municipales 2026, deux projets politiquement antagonistes se disputent les suffrages des Châteaubriant. D’un côté, Alain Hunault, notaire, maire depuis vingt-cinq ans, qui brigue un cinquième mandat avec la liste Tous pour Châteaubriant. De l’autre, Maxime Hupel, collaborateur d’un député écologiste, qui incarne la rupture avec Châteaubriant, Parlons-en !. Entre le bilan d’un patriarche et le projet d’un novice, les Castelbriantais auront dimanche à choisir leur camp, et leur rapport au temps.
Hunault : la ville comme propriété
Vingt-cinq ans. C’est à la fois la force et le problème d’Alain Hunault. Un quart de siècle à la tête de la sous-préfecture de Loire-Atlantique, c’est une mémoire institutionnelle rare, une connaissance des dossiers que nul ne conteste — et une certaine idée du pouvoir où l’on finit par confondre la ville et soi-même.
Son programme est à l’image de l’homme : solide, structuré, technique. Exonération de taxe foncière sur les nouvelles constructions pour attirer les ménages, maîtrise de l’endettement, Pôle de Choisel à finaliser, centre dentaire à créer, formation supérieure à développer jusqu’à mille étudiants, C’Bus à étoffer, pistes cyclables à prolonger. C’est un catalogue de gestion bien menée, méticuleux et sans aspérité. La promesse implicite : entre des mains expertes, la ville avance.
Ce qui manque dans ce programme, c’est précisément ce que ses détracteurs lui reprochent : le souffle. Châteaubriant perd des habitants, son centre-ville se délite malgré le programme national Action cœur de ville, la pauvreté s’installe (18% de la population) , le chômage résiste ( +17,1% en un an). Hunault ne nie pas ces faits, il les contourne. Son programme préfère parler d’avenir sans trop s’attarder sur le présent. C’est le réflexe classique du sortant : valoriser ce qui a été fait pour esquiver ce qui n’a pas été résolu.
Sur la sécurité, il assume une ligne classique : plus de police municipale visible, plus de caméras. C’est lisible, rassurant pour une partie de l’électorat. C’est aussi la réponse la plus prévisible, celle qui ne dérange pas.
Hupel : la ville comme projet collectif
Maxime Hupel n’est pas un homme politique au sens traditionnel du terme, et c’est à la fois son atout et sa faiblesse. Collaborateur du député écologiste Jean-Claude Raux, il a pris soin, pour lever toute ambiguïté, de se mettre en congé de ses fonctions avant d’entrer en campagne. Le geste est symbolique et cohérent : il annonce la couleur d’un candidat qui entend faire de la transparence une méthode de gouvernement, pas un simple argument de communication.
Son programme a été construit différemment. Avant d’écrire une seule ligne, le collectif a interrogé les habitants. Ce n’est pas anodin dans une ville où, selon l’opposition, les commissions municipales sont verrouillées et les décisions prises en cercle restreint. La vision qui en ressort, « Pour une ville qui respire, qui rassemble et qui protège » , est moins un catalogue de mesures qu’une philosophie de gouvernance.
Sur le fond, les propositions sont cohérentes avec l’ancrage écologiste. Et c’est là que l’on doit marquer un temps d’arrêt. Hupel veut ériger les mobilités douces au rang de transport quotidien et non de gadget touristique, refondre en profondeur le C’Bus pour irriguer tout le territoire intercommunal, défendre les liaisons ferroviaires vers Nantes, Rennes et Angers.
L’intention est louable. La réalité, elle, est têtue : Châteaubriant est une ville rurale enclavée, sans densité urbaine suffisante pour soutenir une offre de transport collectif rentable, et dont les habitants dépendent structurellement de leur voiture pour travailler, faire leurs courses et accéder aux soins.
Promettre de changer les usages par décret municipal, c’est confondre une politique de transport avec un mode de vie. On ne décrète pas la fin de la voiture dans le Castelbriantais. Sur ce point, Hupel rêve debout.
Sur la sécurité, il fait le pari du contre-pied : une Maison de la Tranquillité Publique axée sur la prévention sociale plutôt qu’un maillage de caméras. C’est courageux. C’est aussi le genre de proposition qui peut inquiéter des électeurs qui veulent voir, concrètement, quelqu’un en uniforme dans leur rue.
Sa limite est là, nue : Hupel n’a jamais géré quoi que ce soit à l’échelle municipale. Dans une ville de 12 000 habitants, sous-préfecture avec des budgets, des services techniques, une intercommunalité avec qui il faut travailler en cohésion, la bonne volonté ne suffit pas.
Le vrai sujet : la légitimité de la durée
Ce duel est, en réalité, une question philosophique déguisée en élection municipale. Jusqu’où la durée confère-t-elle de la légitimité ? Et à quel moment bascule-t-elle en droit acquis ?
Hunault gouverne Châteaubriant depuis que Maxime Hupel avait environ quinze ans. Il a traversé cinq présidents de la République, quatre crises économiques et une pandémie. Il connaît chaque ligne du budget, chaque projet dans les tiroirs, chaque partenaire institutionnel. Et pourtant, la ville qu’il a façonnée pendant vingt-cinq ans continue de perdre des habitants, de voir ses commerces fermer et sa jeunesse partir.
Hupel, lui, arrive avec un programme co-construit, une éthique affichée et une vraie vision sociale. Mais il arrive aussi sans expérience du pouvoir municipal, dans une ville complexe, à un moment où les finances des collectivités locales sont sous pression nationale.
En conclusion : deux produits, une seule machine à laver
Le titre de cet article promet de savoir lequel lave plus blanc. La réponse honnête est : ni l’un ni l’autre, complètement.
Hunault lave vite, en mode éco, sans abîmer le linge, mais il laisse des taches anciennes qu’il ne voit plus, à force de les regarder. Hupel promet un lavage en profondeur, avec des nouvelles formules, mais personne ne sait encore si sa machine est bien réglée.
Ce que les Castelbriantais devront trancher dimanche, c’est moins un programme qu’une question de confiance : font-ils davantage confiance à l’expertise d’un homme qui a tout vu, ou au renouveau d’un homme qui veut tout changer ? Entre l’usure du pouvoir et le risque de l’inexpérience, il n’y a pas de réponse universelle. Il n’y a que des électeurs, avec leurs propres taches à faire partir.
Visuel de Une : © Alain Moreau. Aucun des deux candidats en présence n’a accepté que nous soyons présents pour les photos des listes.




