
Grand Rue minéralisée, place de la Motte bitumée, Coteaux de la Borderie en extension : la ville cumule les ingrédients classiques de l’îlot de chaleur urbain, à rebours du Jardin des Lilas, seule véritable poche de fraîcheur du centre-ville.
Châteaubriant cumule donc les zones minéralisées, Grand Rue, place de la Motte, Borderie, pour un seul îlot de fraîcheur digne de ce nom, en pleine vigilance canicule.
Le mécanisme de l’îlot de chaleur urbain est aujourd’hui bien documenté. Les surfaces foncées, bitume et béton, peuvent représenter plus de 40 % de la superficie d’une ville selon l’Ademe, et restituent la nuit la chaleur accumulée le jour, empêchant l’air urbain de se refroidir aussi vite qu’en zone rurale. La forme de la voirie joue aussi un rôle : une rue étroite et encaissée, en canyon, freine la circulation de l’air et accentue la stagnation des masses chaudes.
Châteaubriant est un trou
Châteaubriant est une cuvette, et il suffit de l’expérimenter pour s’en convaincre. Que l’on arrive du lycée par la route de Vitré, de la zone commerciale route de Saint-Nazaire, ou des quartiers de Béré et de Renac, la descente vers le centre-ville s’accompagne, par ces journées de forte chaleur, d’une sensation d’étouffement bien réelle.
L’air chaud s’accumule dans le creux où se concentrent justement la Grand Rue et la place de la Motte. À cela s’ajoute l’absence d’un plan de circulation efficace, la municipalité n’ayant toujours pas traité ce dossier, ce qui ne fait qu’ajouter la chaleur des moteurs à celle du bitume.
La place Ernest-Bréant, symbole d’un urbanisme à éclipses
Autre lieu, autre symptôme : la place Ernest-Bréant alterne depuis plusieurs années patinoire éphémère en hiver et jardin éphémère en été, sans qu’aucun des deux aménagements ne s’inscrive dans la durée. Été comme hiver.
Concrètement, chaque transition mobilise des moyens disproportionnés au regard du caractère éphémère de l’aménagement.
L’installation du jardin d’été suppose l’apport de centaines de tonnes de terre végétale, acheminées par camion puis évacuées quelques semaines plus tard pour laisser place à la patinoire. Côté hiver, la fabrication et le maintien de la glace artificielle exigent un groupe frigorifique fonctionnant en continu, avec une consommation électrique conséquente sur toute la durée d’exploitation, l’eau nécessaire à la formation de la glace, et le démontage des structures à chaque changement de saison.
Un cycle qui se répète sans répit, pour un usage de la place limité à quelques mois à chaque fois.
Grand Rue et place de la Motte, le cœur minéral
À Châteaubriant, la Grand Rue et la place de la Motte concentrent les caractéristiques typiques d’un secteur exposé à la chaleur : façades resserrées, sol largement imperméabilisé, peu de canopée pour apporter de l’ombre en journée. Ce type de configuration favorise l’accumulation diurne puis la restitution nocturne de chaleur, un phénomène qui se fait particulièrement sentir lors des épisodes de vigilance rouge canicule.
Les Coteaux de la Borderie, une urbanisation qui se poursuit
Le secteur des Coteaux de la Borderie, au nord de la ville, illustre une autre facette du problème, celle de l’artificialisation continue. Le projet d’écoquartier de 20 hectares et 380 logements, documenté depuis 2015 dans nos colonnes, avait déjà fait l’objet d’un avis sévère de la DREAL sur son étude d’impact, l’État jugeant que la priorité aurait dû être donnée à la densification des zones urbaines existantes plutôt qu’à la consommation de nouveaux espaces.
Onze ans plus tard, le projet s’est poursuivi tranche après tranche. La MRAe a relevé en 2019 que le PLU induisait, d’ici 2030, une consommation d’espace au-delà de l’enveloppe urbaine d’environ 88 hectares, sans réelle réduction par rapport à la période précédente.
En 2024, elle a de nouveau jugé l’objectif communal de réduction de l’artificialisation, fixé à 20 %, très en deçà de celui imposé par la loi Climat et résilience, qui prévoit 54,5 % à l’échelle régionale.
En 2025, une modification n°3 du PLU a ouvert à l’urbanisation la troisième tranche de la zone, ajoutant des surfaces bâties et des voiries sur un espace auparavant agricole. Cette extension contribue mécaniquement à l’empreinte minérale de la commune, même si l’impact thermique d’un secteur résidentiel pavillonnaire diffère de celui d’un hypercentre commerçant comme la Grand Rue ou la place de la Motte.
Jardin des Remparts et promenade du Duc d’Aumale, deux désillusions
La promenade du Duc d’Aumale, malgré sa situation en bord de douves, reste largement minéralisée : allées bétonnées ou bitumées, peu de canopée continue, un traitement proche d’une voirie classique plutôt que d’un véritable corridor de fraîcheur.
Le Jardin des Remparts a longtemps fait figure d’exception, en tant qu’écrin de verdure en centre-ville. Mais ses aménagements récents interrogent cette vocation. Le service espaces verts y a posé des bordures en béton autour des massifs, installé devant chaque plante un panonceau en plexiglas avec photocopie couleur sur pied galvanisé, et ajouté une pergola en bois exotique dont la traçabilité n’est pas affichée.
Ni l’un ni l’autre ne peuvent donc prétendre au rôle de poche de fraîcheur. Ce rôle, à Châteaubriant, revient au seul Jardin des Lilas.
Le Jardin des Lilas, le véritable écrin de verdure
S’il existe à Châteaubriant un espace qui mérite l’appellation d’écrin de verdure, c’est le Jardin des Lilas. Propriété de la ville, il est entretenu par une association de retraités qui s’y retrouvent chaque mardi, et le résultat tranche radicalement avec le reste du centre-ville : un havre de paix où la permaculture règne en maîtresse.
Jardin pédagogique, il accueille régulièrement des classes de cours élémentaire, dont les élèves circulent parmi les plessis. Point de plexiglas ici : les noms vernaculaires des plantes sont inscrits au blanc sur des ardoises de récupération, percées d’un trou et suspendues par un bout de raphia.
Ce dénuement assumé, loin d’être un manque de moyens, dit tout l’inverse de la logique observée au Jardin des Remparts : pas de bordures en béton, pas de pied galvanisé, pas de pergola en bois exotique non tracé, mais des matériaux de réemploi et un entretien porté par des bénévoles plutôt que par un marché public d’aménagement.
Le parc de Radevormwald, ou beaucoup de non sens
Le parc de Radevormwald, avec son revêtement en terre, pourrait lui aussi prétendre au statut d’espace vert préservé. Mais chaque automne et chaque printemps, le service espaces verts y déploie des souffleurs de feuilles thermiques, une méthode d’un autre temps que de plus en plus de communes abandonnent.
L’absurdité est double
D’un côté, ces engins sont régulièrement pointés comme une cause de troubles musculosquelettiques pour les agents qui les portent à bout de bras ou sur le dos pendant des heures, le poids de l’appareil et la pression continue du flux d’air sollicitant épaules et dos bien plus qu’un simple râteau.
De l’autre, leur usage sur un sol en terre va à l’encontre de toute logique écologique : évacuer systématiquement les feuilles mortes prive le sol des matières organiques qui nourrissent la microfaune, accélère l’évaporation de l’humidité, et retire aux oiseaux et aux invertébrés une ressource alimentaire que la litière leur fournissait naturellement.
Autrement dit, là où le Jardin des Lilas avance avec le réemploi et le bénévolat, le parc de Radevormwald recule avec une machine bruyante, fatigante pour ceux qui la portent, et nuisible pour le sol qu’elle prétend entretenir.
Une question d’aménagement, pas seulement de météo
L’enjeu n’est pas seulement météorologique. Identifier les secteurs les plus exposés permet d’envisager des choix d’aménagement concrets : favoriser la circulation de l’air, limiter l’imperméabilisation des sols, privilégier des matériaux clairs qui retiennent moins la chaleur, ou renforcer la canopée urbaine.
À l’échelle castelbriantaise, cela revient à interroger le devenir de la minéralisation du centre-ville au même titre que l’extension urbaine des Coteaux de la Borderie.
Visuel de Une : Alain Moreau




