L’usine bleue a désormais sa plaque. Ce vendredi 18 septembre, jour d’ouverture des Journées européennes du patrimoine, l’ancienne raffinerie Béghin-Say accueillait une cérémonie officielle, en présence de Laurent Hottiaux, préfet de la région Pays de la Loire, d’Anne Gérard, directrice de la DRAC des Pays de la Loire, de Dominique Poirout, en charge de la Culture au Département de Loire-Atlantique et de Thibaut Guiné, adjoint au Patrimoine de la Ville de Nantes.
C’est Anne Gérard, directrice de la DRAC qui a retiré le voile recouvrant la plaque « Monument historique », aux côtés du préfet et de Jérôme Bruckmann, directeur du site pour Tereos. Cette pose, portée nationalement par le ministère de la Culture, vient clore une procédure engagée plusieurs mois plus tôt.
Une reconnaissance actée en mars
La plaque, frappée du labyrinthe de Chartres qui sert de signature visuelle à l’ensemble des édifices protégés en France, matérialise une décision administrative antérieure : l’inscription de la raffinerie au titre des monuments historiques, actée par arrêté préfectoral du 31 mars 2026.
Cette mesure faisait suite à un avis favorable rendu à l’unanimité par la Commission régionale du patrimoine et de l’architecture, saisie dans le cadre d’une procédure instruite par la DRAC. La demande émanait du Collectif des associations du patrimoine industriel et portuaire, qui militait depuis plusieurs années pour la protection du site.

Il s’agit du premier niveau de protection prévu par le code du patrimoine, l’inscription, distinct du classement, degré de protection le plus élevé. Nantes compte déjà un site classé, celui des ateliers Batignolles, protégé depuis 2022.
Béghin-Say devient ainsi le deuxième ensemble industriel nantais bénéficiant d’une reconnaissance patrimoniale de cette nature, et le seul dont l’activité industrielle d’origine se poursuit sans interruption.
Les ateliers Haluchère-Batignolles, classés depuis 2022, illustrent l’autre visage de cette protection patrimoniale. Ici, l’activité d’origine, la construction de locomotives, a disparu depuis longtemps. Une tout autre industrie, l’aéronautique, a pris sa place : dans ces nefs centenaires, l’entreprise ACB façonne aujourd’hui des pièces pour Airbus, Safran ou Boeing, et a reçu en mars 2026 le label Lauréat France 2030.
ACB, joyau de la mécanique aéronautique nantaise, lauréat France 2030
Un périmètre ciblé sur l’essentiel
La protection ne s’étend pas à l’intégralité du site, mais cible ses éléments les plus significatifs. Sont concernés, en totalité ou partiellement : le bâtiment administratif et le magasin de pièces détachées du boulevard Bénoni-Goullin, les bâtiments des sucres raffinés et des sirops reliés par leur passerelle, l’ancien entrepôt des sucres bruts T-nord et l’atelier de conditionnement côté Loire, l’ancienne cartonnerie à sheds conoïdes proche du boulevard Gustave-Roch, ainsi que la cheminée de 83 mètres, repère visible depuis le pont des Trois-Continents et le pont de Pornic.
Une usine désormais tournée vers le conditionnement
Construite entre 1935 et 1937 par les ateliers Schwartz-Hautmont, la raffinerie a cessé son activité de raffinage en 2009, mais le conditionnement du sucre s’y poursuit.
Le site emploie aujourd’hui 70 salariés sur 7 lignes de production, pour 26 000 tonnes conditionnées chaque année sous les marques Blonvilliers et La Perruche, à travers plus de soixante-six références. Tereos annonce par ailleurs vouloir inscrire le site dans ses objectifs de réduction des consommations de gaz, d’électricité et d’eau, avec un plan déployé sur quatre ans.
Le rail avant le sucre
Ce terrain de cinq hectares n’a pourtant pas toujours porté une usine sucrière. Avant l’arrivée des Raffineries et Sucreries Say, cette portion de l’île accueillait la gare de l’État, terminus nantais du réseau ferroviaire de la Compagnie de l’État, aujourd’hui disparue. Le quartier gardait alors une vocation résolument portuaire et ferroviaire, tournée vers les quais sud et ouest de la Loire, par où transitaient marchandises et matières premières.
Pour les férus de patrimoine, la fiche Mérimée apporte des précisions.
De cette histoire, il reste des traces discrètes. La station Prairie au Duc, qui dessert aujourd’hui le quartier, porte encore la mention Gare de l’État, seul souvenir affiché d’une gare rayée depuis longtemps de la carte.
C’est sur cette même bande de terre, façonnée par les rails puis par les cargos de sucre en provenance de la Réunion, que s’est écrite un siècle d’activité industrielle continue, du transport ferroviaire au raffinage.
L’inscription au titre des monuments historiques engage désormais l’État et le propriétaire dans une responsabilité partagée quant à la préservation de ce patrimoine, sans remettre en cause la poursuite de l’exploitation industrielle du site.
Visuels : © Alain Moreau.





