L’estuaire tient une bonne part de l’économie régionale. L’Insee et Nantes Saint-Nazaire Port publient ce mardi 13 octobre une étude commune sur le complexe industrialo-portuaire (CIP), qui regroupe les entreprises du port et les industries installées sur son domaine. En 2024, ce complexe employait 30 400 salariés dans 670 établissements, alignés le long de la Loire de Saint-Nazaire à la métropole nantaise.
Le poids est réel. Le CIP représente 2 % de l’emploi des Pays de la Loire et 5 % de celui de la Loire-Atlantique. La richesse qu’il dégage est estimée à 2,8 milliards d’euros, soit 3,4 % de la richesse produite dans la région. Dans la zone d’emploi de Saint-Nazaire, il pèse 31 % de la richesse et 18 % de l’emploi salarié, alors que dans celle de Nantes ces parts tombent à 4 % et 3 %.
Quatre communes au cœur du système
Les établissements du CIP sont répartis sur 56 communes, mais quatre d’entre elles concentrent les trois quarts des salariés : Saint-Nazaire (30 %), Montoir-de-Bretagne (24 %), Bouguenais (12 %) et Nantes (8 %). Elles accueillent aussi 64 % des établissements et sept des huit sites de 500 salariés ou plus.
Certaines communes vivent presque entièrement du port. À Montoir-de-Bretagne, le CIP fournit 64 % de l’emploi communal, contre 46 % à La Montagne, 38 % à Donges et 33 % à Cordemais. Saint-Nazaire se situe à 21 %. À Nantes, où l’économie est bien plus diversifiée, la part n’est que de 1 %.
Les chantiers navals en tête des activités maritimes
Quatre salariés sur dix, soit 12 680 personnes, travaillent dans les activités maritimes. La construction et la réparation navale en occupent plus de la moitié (6 840 salariés), principalement chez Naval Group et aux Chantiers de l’Atlantique.

Ces derniers ont livré en 2024 l’Utopia of the Seas, l’un des plus grands paquebots du monde, et ont lancé la même année le chantier de sous-stations électriques destinées au champ éolien offshore Nordseecluster NC2, en Allemagne.
L’organisation des transports rassemble 32 % des effectifs maritimes, surtout dans l’affrètement. La gestion du port, qui comprend l’autorité portuaire, les douanes, le pilotage, le remorquage et le lamanage, en compte 11 %. Les armateurs et autres transports par voie d’eau représentent 3 %.
Airbus, poids lourd du non maritime
Les 17 720 autres salariés, soit 58 % du total, relèvent d’activités non maritimes, à 74 % industrielles. La construction aéronautique, avec 8 140 salariés, en constitue le pilier : Airbus y dispose de ses sites de Montoir-de-Bretagne et de Bouguenais, autour desquels gravitent des sous-traitants spécialisés. Ce secteur produit à lui seul un tiers de la richesse dégagée par le CIP.
L’industrie mécanique et la métallurgie emploient 15 % des salariés non maritimes. Le raffinage et l’énergie en regroupent 8 %, avec la raffinerie TotalEnergies de Donges et le terminal méthanier Elengy de Montoir-de-Bretagne. Les services aux industries, qui pèsent 19 %, se développent aussi : logistique urbaine et valorisation des déchets de chantier à Cheviré, stockage de pièces d’éoliennes côté nazairien.
Des métiers très qualifiés
Le profil des salariés tranche avec celui de la région. Les ouvriers occupent 42 % des postes, contre 29 % en Pays de la Loire, et une majorité d’entre eux sont des ouvriers qualifiés de l’industrie : ajusteurs, chaudronniers, tuyauteurs, opérateurs composites. Grutiers, caristes et pontiers sont également nombreux. Les cadres représentent 25 % des effectifs, contre 17 % dans la région, et huit sur dix sont ingénieurs ou cadres techniques. À l’inverse, les employés ne pèsent que 5 %, contre 31 % à l’échelle régionale.
Où vivent les salariés
Un tiers des salariés du CIP habite l’unité urbaine de Saint-Nazaire, d’abord à Saint-Nazaire même (44 % d’entre eux), puis à Donges, Saint-Brevin-les-Pins, Trignac et Montoir-de-Bretagne.
Un quart réside dans l’unité urbaine de Nantes. À Crossac, Besné, Saint-Malo-de-Guersac, Saint-Joachim et Donges, près d’un actif sur cinq travaille pour le complexe. Plus de neuf salariés sur dix vivent en Loire-Atlantique.
L’étude relève enfin une particularité : la Loire-Atlantique affiche le taux de recours aux travailleurs détachés le plus élevé de France (3 %), devant les Bouches-du-Rhône (2 %).
Un trafic dominé par l’énergie
En 2025, 26,4 millions de tonnes de marchandises ont transité par le port, en hausse de 2,6 % après une année 2024 marquée par des arrêts techniques au terminal méthanier. Les flux énergétiques représentent deux tiers du trafic. Les importations de gaz naturel liquéfié ont progressé de 31,6 %, pour atteindre 6 millions de tonnes.
Les exportations de céréales sont restées limitées à 0,5 million de tonnes après une mauvaise campagne. La centrale de Cordemais, dont la fermeture est programmée début 2027, tourne désormais surtout sur ses stocks. Le port prépare son prochain projet stratégique, attendu lui aussi début 2027.
L’étude complète, « 30 400 salariés dans le complexe industrialo-portuaire de Nantes Saint-Nazaire », est parue dans la collection Insee Analyses Pays de la Loire (n° 161, octobre 2026). Signée par David Morineau et Matthieu Vahé (Insee), Stéphanie Chantelat et Morgane Chopin (Nantes Saint-Nazaire Port), elle est consultable sur insee.fr, avec les données associées.
Visuel : Franck Badaire




