Nantes

Cathédrale de Nantes : quatre duos en lice pour la verrière d’Anne de Bretagne

Détruite par l'incendie de 2020, la verrière offerte par Anne de Bretagne à la cathédrale de Nantes cédera la place à une création contemporaine. Quatre duos artiste et maître verrier, dont celui du Nantais Philippe Cognée, ont été retenus. Le lauréat sera connu en février 2027.

Ce mardi 13 octobre, en préfecture, une présentation à la presse des quatre finalistes sur 75 candidatures avait lieu en présence de Laurent Hottiaux, préfet des Pays de la Loire, de Mgr Laurent Percerou, évêque de Nantes, d’Anne Gérard, directrice de la DRAC des Pays de la Loire, et de Thibaut Guiné, adjoint au patrimoine.

De la grande verrière du massif occidental, il n’en reste que des fragments. Ramassés dans la nef et sur le parvis quelques heures après l’incendie criminel du 18 juillet 2020, les morceaux de la grande verrière occidentale de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul attendent aujourd’hui de rejoindre la crypte. Au-dessus du portail, une création contemporaine prendra leur place.

Le 1er octobre 2026, le jury de la commande publique lancée par l’État a retenu quatre équipes, chacune formée d’un artiste et d’un maître verrier, pour la concevoir.

Le vitrail le plus ancien de la cathédrale

Ce qui a disparu en 2020 n’était pas un vitrail parmi d’autres. Anne de Bretagne, reine de France de 1491 à 1514, l’avait commandé. Le peintre verrier Pierre de la Chasse l’a réalisé et posé entre 1507 et 1508. Sur neuf lancettes et un tympan s’étendait une scène monumentale de la Fontaine de Vie, dominée par le Christ et la colombe du Saint-Esprit. La reine y honorait la mémoire de ses parents, dans une iconographie liée à l’Office des Morts.

L’œuvre avait déjà souffert. En 1800, l’explosion de la poudrière du château des ducs de Bretagne en avait anéanti les quatre cinquièmes. Restaient les lancettes latérales, le haut de la lancette centrale et quelques pièces du tympan, entourés d’une vitrerie blanche. Mutilée, elle demeurait pourtant la seule verrière ancienne de l’édifice, tous les autres vitraux ayant disparu à la Révolution, en 1800 ou sous les bombes de 1944.

Cathédrale de Nantes : quatre duos en lice pour la verrière d'Anne de Bretagne
Lors des Journées du Patrimoine 2025, une présentation des métiers qui œuvrent à la cathédrale © Jean-François Mousseau

La nuit de l’incendie, le massif occidental a concentré les flammes. La chaleur a fait exploser la verrière et détruit la galerie du triforium avec ses deux baies. Quelques heures après l’extinction du feu, les équipes de la DRAC des Pays de la Loire collectaient déjà les éclats de verre. Une équipe de restaurateurs dirigée par Isabelle Baudouin les a pris en charge et les a en partie remontés, en vue de leur présentation dans la crypte. Les fidèles pourront ainsi prier sous la nouvelle verrière, à quelques mètres des restes de l’ancienne.

Une orientation venue du diocèse

Une cathédrale n’est pas un musée. La commande doit répondre aux enjeux patrimoniaux et artistiques du lieu, mais aussi à ses enjeux cultuels. La future verrière éclairera des messes, des vêpres, des funérailles, et non seulement des visites.

Pas question de reconstituer l’œuvre de 1508. La commande porte sur une création, et le cahier des charges insiste sur la liberté de l’artiste. Le diocèse a malgré tout suggéré une piste. Les vitraux du chœur figurent un mouvement ascendant, celui de la Résurrection. La façade occidentale pourrait, en miroir, raconter un mouvement descendant, celui de l’Incarnation.

Deux contraintes s’imposent. Les panneaux devront suivre le dessin des remplages de pierre, que personne ne touchera. Il faudra aussi penser au grand orgue, lui aussi détruit en 2020. Reconstruit dans le même volume, son buffet se dressera devant la verrière pour qui la regarde depuis la nef.

La cathédrale connaît ces dialogues entre gothique et art contemporain. Jean Le Moal, Anne Le Chevallier et Brigitte Simon y ont signé, au XXe siècle, des verrières issues elles aussi de commandes publiques.

Un Nantais parmi les quatre finalistes

Philippe Cognée joue à domicile. Né à Nantes, il y vit et y travaille. Peintre, dessinateur et sculpteur, il place l’humain et son rapport à ce qui l’entoure au centre de son œuvre. Il voit dans la future verrière « une présence plutôt qu’un récit », dont la force viendrait de sa simplicité. Les Ateliers Duchemin, à Paris, l’accompagnent.

Vestige de la verrière du massif occidental_©_Atelier Baudouin

Ces mêmes ateliers, dirigés par Marie et Charlotte Rousvoal Duchemin, sixième génération d’une famille de verriers, concourent aussi aux côtés d’Oliver Beer. Compositeur et plasticien britannique né en 1985 dans le Kent, partagé entre Londres et Paris, il explore les propriétés sonores des objets et des lieux. L’orgue est au cœur de sa proposition : « pour les fidèles et les visiteurs », la lumière colorée deviendrait le prolongement visuel de la musique sacrée.

Pascal Convert, lui, n’arrive pas en terrain inconnu. Né en 1957 à Mont-de-Marsan, installé à Biarritz, ce plasticien qui se dit archéologue de l’architecture, de l’enfance, de l’histoire et du corps a signé les quatorze vitraux de l’abbaye de Saint-Gildas-des-Bois.

Le maître verrier Olivier Juteau, quarante ans de métier dans les Yvelines, y avait transformé ses bas-reliefs de plâtre en dalles de cristal. Les deux hommes se sont retrouvés en 2022 au cimetière Miséricorde, à Nantes, pour Miroirs des temps, une œuvre pérenne : des animaux spectraux en bas-relief sur verre, qui suivent du regard le passant. Pour la cathédrale, Pascal Convert veut offrir au croyant une expérience intérieure, celle du « mystère de l’irreprésentable ».

Laure Prouvost, née en 1978, vit à Bruxelles. Peinture, grandes installations, sculptures monumentales : ses œuvres bâtissent des mondes narratifs complexes. Elle s’associe à l’Atelier Simon-Marq de Reims, qui pratique la restauration comme la création. Sa démarche part de ce qui a été perdu : « L’enjeu n’est pas de reproduire ces images disparues, mais de faire place à ce qu’elles transmettent. »

672 000 euros et un lauréat en février 2027

La commande atteint 672 000 euros TTC. La Ville de Nantes en apporte 100 000. Le reste revient à l’État, maître d’ouvrage via le ministère de la Culture. La surface à créer couvre 48,40 m² : 41 m² pour la grande baie haute, qui mesure 11 mètres sur 7, et 7,40 m² pour les deux baies du triforium.

Publié le 29 avril 2026 en France et à l’étranger, l’appel à candidatures a été clos le 10 juillet. Les quatre équipes rendront leur projet en janvier 2027. Le jury, composé d’artistes, de maîtres verriers, d’experts et de représentants de l’État, du diocèse et de la Ville, désignera le lauréat en février. Les trois autres recevront chacune 8 000 euros d’indemnité. La pose est attendue pour janvier 2028.

La cathédrale de Nantes retrouve son peuple dans la joie

D’ici là, le chantier se poursuit sur la façade, où 650 m³ de pierre doivent être remplacés. Rouverte le 27 septembre 2025, la cathédrale a retrouvé ses fidèles et tous les Nantais qui, croyants ou non, lui sont attachés. Sa restauration, estimée à 38 millions d’euros TTC, reste entièrement à la charge de l’État, propriétaire de l’édifice. La DRAC des Pays de la Loire pilote l’opération, sous la maîtrise d’œuvre de Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques.

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