Drame de Châteaubriant : une réponse qui interroge
Après la mort tragique d'un bébé de 8 mois à Châteaubriant, le maire Alain Hunault multiplie les déclarations pour expliquer que sa commune n'était "pas concernée". Derrière ce discours de dédouanement, c'est toute la question du maillage de protection de l'enfance qui se pose. Entre cloisonnement des services et absence de coordination, quand l'invisibilité d'une famille devient-elle un signal d'alarme ?
Drame de Châteaubriant : une réponse qui interroge plus qu’elle ne rassure.
Au-delà des compétences, une responsabilité collective
Suite au drame qui a coûté la vie à un bébé de 8 mois à Châteaubriant, les déclarations du maire Alain Hunault soulèvent autant de questions qu’elles n’apportent de réponses. Derrière l’accumulation des « pas concerné », « pas dans nos radars », « pas particulièrement connue », c’est tout un système de protection de l’enfance qui révèle ses failles.
Quand l’absence de signalement devient un signal
Le maire insiste : cette famille « n’était pas particulièrement connue de la mairie ». Les deux enfants scolarisés « n’étaient pas inscrits au périscolaire ou à la restauration scolaire », ce qui aurait empêché tout signalement. Mais c’est précisément là que le raisonnement s’inverse.
Une famille de cinq enfants dont aucun ne fréquente les services périscolaires ni la cantine : n’est-ce pas justement un indice d’isolement qui aurait dû alerter ? Dans une commune, l’absence de recours aux services publics pour une fratrie nombreuse peut être le signe d’une précarité, d’un repli, d’une difficulté que personne ne voit.
Le cloisonnement des services n’est pas une fatalité
« Le CCAS n’est pas concerné », « ce sont les services sociaux du département qui se chargent des affaires » : la délimitation des compétences est claire. Trop claire, peut-être. Car entre les services municipaux, l’Éducation nationale, le département et les associations, où se situe la coordination ?

Deux enfants fréquentaient quotidiennement l’école de Béré. Ils étaient vus, chaque jour, par des enseignants, des ATSEM, du personnel municipal. Y a-t-il eu des observations ? Des inquiétudes exprimées ? Et si oui, vers qui ont-elles été transmises ? Si non, pourquoi ?
Former pour repérer
La protection de l’enfance ne peut se résumer à une question de compétence administrative. Elle exige une vigilance collective et des passerelles entre tous les acteurs qui croisent les familles. Les personnels municipaux, en contact avec les enfants scolarisés, sont-ils formés au repérage des signaux faibles ? Savent-ils à qui transmettre une inquiétude, même floue ?
Le maire affirme que « sans inscription au périscolaire, il n’y avait aucun moyen de faire des signalements ». Mais les enseignants, eux, voient les enfants. Les directeurs d’école ont des canaux de signalement. La question n’est pas de savoir qui est responsable, mais comment tous ces regards peuvent se coordonner.
Une communication qui devance l’enquête
Il est troublant que le maire multiplie les déclarations publiques pour expliquer que sa commune n’est pas concernée, avant même que l’enquête n’ait établi les faits. Cette réactivité médiatique pour se dédouaner contraste douloureusement avec l’absence apparente de vigilance préventive.
Personne ne demande à un maire d’être devin. Personne ne l’accuse d’être responsable d’un drame dont les auteurs présumés sont en garde à vue. Mais quand un enfant meurt dans de telles conditions, la question n’est pas « de qui c’est la faute », mais « qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans le maillage censé protéger les plus vulnérables ? ».
C’est bien le même maire, Alain Hunault qui dit haut et fort que la maternité du Centre Hospitalier de Châteaubriant-Nozay-Pouancé a obtenu en décembre 2017 le renouvellement pour 4 ans du label Initiative Hôpital Ami des Bébés. Que l’enfant est une priorité à Châteaubriant depuis bientôt 25 ans qu’il règne sans partage sur la commune la plus pauvre de Loire-Atlantique. C’est bien le même maire qui multiplie les achats de labels payés par le contribuable pour redorer l’image de Châteaubriant.
On passera sous silence la rédaction des pisse-copies de l’hebdomadaire local qui, sans vergogne, présente la photographie du lieu du drame, alors que l’enquête est en instruction. Comme les ventes baissent, il faut à tout prix faire le buzz.
Reconstruire la confiance
Ce drame doit être l’occasion d’une remise en question collective. Non pas pour chercher des coupables dans les services publics, mais pour identifier les angles morts du système, renforcer la formation des professionnels, améliorer la circulation de l’information entre institutions.
Car derrière les compétences administratives, il y a des enfants. Et leur protection ne peut être l’affaire d’un seul service : elle est l’affaire de tous.
Les faits mentionnés dans cet article sont basés sur les déclarations publiques du maire Alain Hunault et ne préjugent en rien des résultats de l’enquête en cours. Seule la justice établira les responsabilités individuelles dans ce drame.
Visuels : Alain Moreau.
